Incarner la parole au travers de l’image et du témoignage

Comment retrouver des pratiques qui soient véritablement signifiantes et porteuses d’une reconnexion spirituelle avec le souffle des Évangiles?

C’est la question que nous nous posons depuis des années. Et avec plus d’acuité encore ces derniers temps alors que nous avons été privés de célébrations eucharistiques dans un contexte de crise sanitaire.

Il nous semble de plus en plus évident que de prendre un temps pour incarner la parole au travers de gestes concrets permet d’approfondir la foi. Que ce soit en prenant le temps de témoigner du chemin d’éveil que la lecture des Évangiles accomplit en nous, ou que ce soit en utilisant nos mains pour donner corps et présence à ce que nous avons entendu.

De nombreuses personnes l’ont expérimenté, copier une icône, assembler une crèche, aménager un coin de prière, ou même tout simplement colorier un tracé d’une scène des Évangiles permet d’intégrer plus profondément la réalité de la Parole dans notre vie quotidienne. La présence qui émane des textes sacrés devient plus tangible, moins virtuelle. Les scènes évangéliques sont actualisées dans ces petits gestes bien au-delà de leur dimension historique.

Les artistes chrétiens en témoignent, leur pratique artistique au service des Évangiles transforme profondément le regard qu’ils portent sur le sens de la vie.

Après une longue période de réflexion, nous avons décidé de réorienter le site de « À l’écoute des Évangiles » pour faire une plus grande place à l’image à titre de témoignage vivant de la foi.

Pour sortir de l’enfermement!

Un des fondements de la foi chrétienne est de reconnaître profondément qu’après avoir été crucifié, Jésus est ressuscité.

Même si elle n’est pas décrite telle quelle dans les Évangiles, diverses images ont représenté la résurrection dans l’histoire de l’art chrétien.

Voir à ce sujet le survol éclairant du professeur et théologien Daniel Cadrin, publié sur le site du réseau d’art chrétien RACEF :
https://racef.art/2021/03/28/images-de-la-resurrection-entre-descente-et-montee/

L’une des images centrales, incarnant avec force la résurrection de Jésus-Christ, est celle où Jésus remonte des enfers, brisant les portes de ceux-ci et entraînant avec lui celles et ceux qui y étaient retenus en captivité.

Apparue en Orient, cette représentation sous forme d’icône se nomme « Anastasis », ce qui signifie résurrection. Jésus y apparaît dans son corps de lumière éblouissante, ressuscité et transfiguré, en train de retirer Adam et Ève des enfers.

La représentation de la résurrection est une des plus belles images à actualiser à l’occasion des célébrations pascales, car comme il est dit « si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine » (1 Co 15, 17). C’est infiniment plus qu’un symbole ou un mythe. C’est l’un des principaux fondements de la foi et de l’espérance chrétienne.

L’image de l’Anastasis donne corps et présence à l’extrait suivant du Credo, le Symbole des apôtres : « Il est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts ».

Pour comprendre toute la symbolique de cette représentation, lire l’excellent article publié sur le site de la Communauté Catholique Francophone de Singapour :
La Résurrection et ses représentations iconographiques – Bienvenue à la CCFS! (paroisse-singapour.com)

Et aussi, pour élargir le sujet, lire l’article bien documenté « Descendu aux enfers » publié sur le site de la Croix par Céline Hoyeau :
https://www.la-croix.com/Religion/Spiritualite/Descendu-aux-enfers-NP-2013-03-22-924033

Pour une « résurrection », ou résurgence des arts chrétiens

À l’égal de la prière, l’art chrétien demande à être sans cesse réactualisé pour être pleinement vivant.

Si les méthodes d’impression industrielles ont permis la reproduction en série d’œuvres chrétiennes, l’actualisation en personne des images des Évangiles demeure essentielle.

L’art populaire chrétien a joué un rôle central dans l’incarnation de la foi jusque dans les régions les plus reculées. À ce titre, un simple crucifix en bois à la croisée de chemins de terre en pleine campagne a autant d’importance pour manifester la présence de Jésus en notre monde que les fresques de Michel-Ange à la chapelle Sixtine!

À l’occasion de la Semaine sainte nous vous invitons à actualiser une image de la résurrection en méditant sur la parole « Il est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts » ou encore sur celle-ci :
« Ayant été mis à mort selon la chair, mais rendu à la vie selon l’esprit, dans lequel il est allé prêcher en prison. » (Ac 2, 24-32 et 1P 3, 19s)

Vous trouverez des exemples d’images de la résurrection dans le fichier PDF suivant dams l’article mentionné plus haut :
https://racef.art/2021/03/28/images-de-la-resurrection-entre-descente-et-montee/

Vous pouvez aussi tout simplement tracer ou colorier l’image simplifiée de Jésus remontant des enfers ci-dessous.

Jésus, ressuscité et transfiguré, relève Adam et Ève des enfers.
Modèle à imprimer, à copier ou tracer, et à colorier.

Partagez-nous votre croquis et le témoignage de ce que vous avez découvert durant le processus de création au :
participer@alecoutedesevangiles.mobi

La Descente aux Limbes ou Jésus brise les portes de l’enfer
Icône de l’atelier Dominique-Emmanuel inspirée de modèles traditionnels

Cette représentation traditionnelle s’appuie sur plusieurs textes :

« Flambeau porteur de Lumière, la chair de Dieu sous terre dissipe les ténèbres de l’Hadès. » (Liturgie de la fête de la Nativité)

« Tu es descendu sur terre pour sauver Adam et ne l’y trouvant pas, O Maître, tu es allé le chercher jusque dans l’enfer. » (Matines du Samedi saint)

Et Saint Jean dans l’Apocalypse : « Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite en disant : « Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J’étais mort, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts. » » Apoc. I 17.18

La tradition relie à cette réalité l’injonction répétée au fidèle : « Donne ton sang et tu recevras l’Esprit. »

Inspirés par l’Évangile apocryphe de Nicodème, les deux principaux modèles de cette icône ont été exécutés, l’un à la fin du XIVe siècle en Russie probablement, l’autre au XVIe siècle à Théraponte. Le Christ, en relevant Adam et Ève, relève toutes les générations à venir.

Vivre l’Avent au travers de l’image

Le simple tracé ou coloriage d’une image tirée des évangiles, sans souci d’expression personnelle ni de performance artistique, nous conduit parfois beaucoup plus profondément à une véritable contemplation que les pensées et les mots.

Nous vous offrons ce témoignage visuel en guise d’invitation à vivre l’Avent et les mystères de la nativité, et ce avec tout l’émerveillement de l’enfance.

Puiser à même la richesse de l’héritage pictural chrétien nous permet d’approfondir et de consolider nos propres racines.

Que l’on copie, trace ou colorie une scène des évangiles, c’est toujours une rencontre pleine de présence, laquelle nous amène vers une plus grande intériorité et contemplation.

Peu importe notre âge, nous sommes conviés à une redécouverte du sens profond de chacune de ces scènes lorsque nous prenons le temps de la dessiner.

Les extraits de témoignages ci-dessous, offerts par une participante, illustrent bien ce processus :

« Le fait de dessiner la Nativité m’a permis de vraiment aller à la rencontre de Marie, de Joseph et de l’Enfant Jésus, et de les connaître plus intimement, et aussi d’une manière nouvelle.

Tandis que le dessin prenait vie devant mes yeux, j’ai vu que le visage de Joseph se remplissait d’une joie profonde, de stupeur et d’émerveillement devant l’Enfant Jésus. Je cherchais dans mon cœur, sans trop forcer mon esprit, à entendre ce que vivait ce Joseph.

Il devenait pour moi le symbole de l’Humanité transfigurée devant l’Enfant Jésus, devant cette lumière qui l’a surpris et sorti de sa petite humanité en proie au doute et à la souffrance. Il est devenu l’Humanité toute entière qui accueille en son cœur Marie et Jésus.

Pendant que la dessinais, j’ai découvert une Marie très intérieure, don total d’amour au travers de l’offrande de Jésus à Joseph ou à l’Humanité.

L’Enfant Jésus, de son côté, reste encore emmailloté dans le mystère de la joie et de la plus grande tendresse du monde.

L’Enfant Jésus a encore tout un univers à délier dans mon cœur. Je sens cependant que ce Mystère continuera de s’approfondir au fur et à mesure que je me permets de m’approcher de la Crèche et d’écouter son message.

J’ai eu l’impression de m’asseoir dans la Crèche pendant quelques heures et de baigner dans l’intimité du Mystère de la Nativité. Je sens que je n’ai pas fini d’aller m’y ressourcer.

Le fait de prendre mon temps pour dessiner l’image et la mettre en couleur a permis à celle-ci de me livrer, me semble-t-il, l’essentiel ce qu’elle avait à me confier. »