Nénuphar

Croyez en la lumière

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Jésus leur dit : « La lumière n’est plus que pour un temps au milieu de vous. Marchez, pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous saisissent : celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. »

Qu’est-ce que cette parole me dit?

Dans mon cœur, au plus profond, je sais que Dieu est omniprésent et que jamais il ne m’abandonne.

Et pourtant, puisque l’humanité s’est égarée, tournant le dos à la communion originelle avec son Créateur, il nous faut en quelque sorte retrouver le chemin dans un jeu de clair obscur. Obscurité expérimentée dans l’absence de la lumière de Dieu, clarté vécue en la présence de cette lumière incarnée en son Fils Jésus-Christ.

C’est vrai que lorsque tu ne m’est point présent Jésus, je ne sais où je vais.

Alors, tu me répètes à l’oreille :

« Crois en la lumière, afin d’être un enfant de lumière. »

Oui, Jésus, tu me dis tout cela, et puis, comme pour mieux me faire vivre dans toutes les dimensions de mon être la détresse de ton absence, tu te dérobes à mes yeux. Pareillement à ce que St-Jean rapporte : « Jésus dit ces choses, puis s’en allant, il se déroba à leurs yeux. »

Pourquoi?

J’ose deviner que dans ce jeu de cache-cache, tu cherches à ce que je me mette en quête de ta présence. Car, sans marcher à ta recherche, comment parcourir en sens inverse le chemin par lequel nous nous sommes éloignés de Dieu? Étant encore plus profondément enfouis dans les ténèbres que le fils prodigue, tu jalonnes le chemin de retour au moyen de tes « présences absences », à la façon du petit Poucet qui sema des pierres pour indiquer la direction à suivre.

Pourquoi ce jeu? Parce que dans la grande illusion du monde, je le reconnais, la gloire des hommes continue à m’apparaitre comme étant naturellement plus brillante et lumineuse que la gloire de Dieu. Pardonne-moi, mes yeux sont encore aveugles à l’infinie tendresse de ton amour, mon cœur s’est endurci à force de courtiser avec les marchands de sable.

Que de patience uses-tu envers ton serviteur? Sans jamais lui forcer la main, tu l’attends à chaque détour de chemin, à chaque rebroussement de pas, à chaque dispersion.

Loué sois-tu Seigneur!

Ce n’est pas pour moi que cette voix
s’est fait entendre, mais pour vous!

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« Ce n’est pas pour moi que cette voix s’est fait entendre, mais pour vous. »

Pourquoi est-ce que cette phrase retient mon attention?

Cette « voix », c’est la Parole du Père, le Verbe du Père, que la foule des hommes n’entend pas, ne comprend pas, la prenant pour un coup de tonnerre indéchiffrable. Cette même foule soupçonne que Jésus « entend » les messages de Dieu, affirmant même que « un ange lui a parlé », mais que celui-ci lui parle en propre, comme si le message n’était réservé qu’au Messie.

Et pourtant Jésus déclare que cette voix ne s’est pas fait entendre pour lui mais bien pour la foule qui l’entoure, même si les oreilles de cette foule n’entendent pas encore le sens des paroles qui sont prononcées.

Comme le « bon pasteur » Jésus n’est pas venu pour lui-même, ayant abandonné le troupeau des « justes » à la recherche des brebis égarées, la voix du Père ne se manifeste pas dans toute son impressionnante plénitude pour son Fils bien aimé, mais bien pour rassembler ses petits enfants dispersés.

Jésus-Christ est indissociable de cette Parole-Verbe, il ne fait qu’un avec Elle. Lui-même, en se donnant, a rendu la Parole audible et signifiante, il l’a pleinement incarnée pour que nous puissions l’entendre comme Elle n’avait jamais été entendue auparavant.

Cette voix a ébranlé le monde jusque dans ses profondeurs, allant jusqu’à déstabiliser le Prince de ce monde dans son illusoire règne, sans toutefois jamais s’imposer ni prendre aucune vie en otage, nous laissant encore et toujours le choix de reconnaître ou de nier, d’aimer ou de ne pas aimer.

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

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« Ses disciples ne comprirent pas d’abord ces choses; mais lorsque Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l’Écriture disait cela de lui »

Seigneur Dieu, nous sommes tout petits, minuscules poussières devant ton Amour incommensurable, devant ta toute Puissance et ton infinie Prodigalité.

Peux me dire comment, par quel tour de triste magie, tes tout petits enfants sont devenus si résistants et imperméables à ta Grâce? Comment se fait-il qu’étant si vulnérables dans notre chair éphémère et corruptible, nous soyons aussi durs et fermés d’esprit? Comment se fait-il que même lorsque tu prends corps et chemines à nos côtés, nous persistions à ne voir en toi que ce que nous connaissons de nous-mêmes? Comment, par quel sortilège du malin, nous sommes devenus si obstinés à tel point qu’il te faut multiplier les signes, les paroles, les châtiments et les miracles sur des siècles et des siècles pour que ce qui retient notre cœur prisonnier desserre un peu de son étreinte mortelle?

Seigneur Dieu, pardonne-nous, il est vrai que nous ne savons pas ce que nous faisons. Car si nous le savions véritablement, si nous te connaissions en vérité, nous serait-il encore possible de persister à te tourner le dos, à te nier et te médire jusqu’à la crucifixion?

Laisse-la!

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 Qu’est-ce que j’entends? Au-delà de la scène historique qui s’est déroulée dans la maison de Marthe et Marie, en quoi ce passage des Évangiles me rejoint profondément aujourd’hui.

Je laisse chacun des personnages prendre place dans ma propre maison. Autour de Jésus qui en est le centre, les trois principaux rôles sont tenus par Marie, Judas, et le parfum de grande valeur.

Quel est ce parfum, « très pur » et qui embaume toute la maison? Je ne vois rien d’autre que l’action de grâce, totalement offerte par amour et dans la gratuité. Cette action de grâce, qui est en quelque sorte la « meilleure part » dont Marie témoigne, n’a que peu de substance aux yeux du monde. La contemplation, la prière, l’oraison et l’adoration semblent ne pas faire le poids face aux nombreuses préoccupations de la survie matérielle, et pourtant toute la vie, tout le corps, s’en trouve subtilement transformé.

Comme cela ne prend qu’un tout petit peu de parfum, quelques gouttes, pour que toute la maison soit parfumée, la toute petite « part de Marie », qui semble insignifiante et à la limite inutile, est un baume de réconciliation au-delà de tout ce que l’on peut imaginer.

Qui est Marie en moi? Il me semble que c’est mon âme lorsque, délivrée de la tyrannie des peurs et des désirs, elle se tourne tout naturellement et avec reconnaissance vers Dieu.

Que signifient dans mon cœur les pieds de Jésus-Christ? Les pieds ne sont-ils pas ce par quoi l’être humain touche à la terre. De la même façon, il me semble que les pieds nus de Dieu, ce par quoi Dieu le Père touche à a terre, se sont incarnés en la personne de son Fils Jésus-Christ.

Quand toute l’attention de Marie-mon-âme s’attarde à aimer ce par quoi Dieu a touché notre humanité, son fils bien-aimé Jésus-Christ offert pour le rachat de l’ensemble de l’humanité, ma vie entière en est parfumée. Quand ma tête s’incline jusqu’à terre pour accueillir la fragilité de Jésus né dans une étable, et que j’essuie avec mes cheveux la sueur du Christ offert sur la croix, il me semble que le premier commandement qui est d’aimer Dieu de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma pensée et de toute ma force commence à s’actualiser.

Mais quand en moi Judas vient pour se servir, lorsqu’il cherche à tirer son profit personnel, lorsqu’il voudrait que toute l’attention consacrée à la prière et à l’adoration soit détournée dans des actions motivée par un gain, profitable à la vie terrestre, toute la maison cesse de vivre, elle devient un tombeau malodorant comme celui de Lazare avant d’être délivré par Jésus.

Mais parfois Marie-mon-âme perd la trace de Jésus, elle erre à sa recherche.

Et quand elle ne le trouve pas, elle reconnait ce en quoi il touche encore et toujours à notre humanité, elle reconnait sa présence au travers les plus petits, les plus démunis, les plus persécutés, les plus pauvres. Mon âme retrouve ainsi les pieds de Jésus là même où elle ne les attendait pas, les ayant vu s’élever au travers des nuées, et ayant attendu leur retour la tête levée vers le ciel.

Ôtez la pierre

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 Quoi dire? Au fond de moi, malgré la raison et tout ce que j’ai appris en ce monde, j’ai toujours cru depuis la plus tendre enfance que la mort n’est pas invincible, qu’elle n’est pas un anéantissement fatal ou une sorte d’impasse terminale de la vie.

J’entends tellement de personnes se questionner à savoir s’il faudrait croire ou ne pas croire  aux « miracles » et à la résurrection de Jésus. Beaucoup essayent de trouver une explication logique, rationnelle, ou même symbolique qui invaliderait  la réalité du miracle ou de la résurrection.

Je suis peut-être tout simplement atteint d’une incurable naïveté, mais pour moi c’est cela même qui est « normal », le fait que Jésus demande à Dieu de nous délivrer de la mort et qu’il soit exaucé. Ce n’est pas un miracle, c’est seulement cela qui est juste et vrai depuis toujours. Ce n’est pas la résurrection qui est « anormale », exceptionnelle, surnaturelle ou quoi que ce soit d’autre, c’est la mort elle-même qui est anormale, qui est une « erreur », ou une forme d’extinction engendrée par la nature lorsqu’elle est remise à elle-même, lorsqu’elle perd sa connexion profonde avec le Créateur.

Quand Jésus dit « Ôtez la pierre », j’entends qu’il dit : retirez la lourde pierre derrière laquelle vous avez emmuré votre cœur, enlevez la dalle du caveau dans lequel vous vous êtes enfermés, afin de laisser passer la véritable vie, non pas celle que l’on croit posséder et parvenir à prolonger en se protégeant de tout, mais bien celle qui vient de Lui et qui nous vivifie dans l’ouverture à sa Présence.

Et Jésus pleura

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 « Et Jésus pleura. » Pour moi, pauvre petit esquif à la dérive sur la mer du monde, cette simple petite phrase de trois mots est déterminante.

Elle me prouve, hors de tout doute, que Jésus est un « cœur ».

Jésus savait déjà que ses vœux seraient exaucés par le Père et que la vie serait rendue à Lazare. Il pouvait s’appuyer avec certitude sur cette conviction pour ne pas tomber dans la sensiblerie. Pourquoi pleurer, puisque Lazare, qu’il aime, n’est pas véritablement mort et que c’est pour la gloire de Dieu que sa maladie apparemment mortelle s’est manifestée?

Saint-Jean précise que c’est lorsqu’il vit pleurer Marie, et pleurer aussi les Juifs qui l’accompagnaient, que  Jésus frémit en son esprit et se troubla. Sa compassion pour la détresse de Marie et des juifs a été plus grande que la raison.

A mes yeux, Jésus a prouvé que Dieu, au travers de son Fils bien-aimé, a de la miséricorde, il est touché par ce que chaque personne vit, jusque dans notre condition de pécheur et notre manque de foi. Il ne vient pas dire à Marie : Tu devrais être forte, avoir la foi et prendre exemple sur moi pour ne pas sombrer dans la tristesse.

Non, il pleure avec elle.

Seigneur, celui que tu aimes est malade

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Aujourd’hui, pour moi, c’est cette une phrase qui ressort, comme si elle cherchait à me livrer son message :

« Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. »

Je ne peux m’empêcher d’entendre ces mots comme s’ils appartenaient à quelque chose de beaucoup plus grand, d’universel.

Cette phrase est précédée d’une déclaration adressée au Fils de Dieu : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » Oui, c’est bien cela Seigneur : celui que tu aimes est malade, l’humanité entière que tu aimes  profondément au point de donner ta vie  pour elle, est malade, malade de ses dispersions, malade de ses luttes intestines, malade d’elle-même.

Elle est même plus que malade, tu nous précises qu’elle s’est endormie, mais que tu vas  « aller la réveiller. »

Cette humanité est même plus que malade et endormie, tu nous le dit clairement : elle est déjà morte.

« Lazare est mort. » Celui que tu aimes est mort. Tu m’aimes, et Je suis malade, égaré, je suis endormi, ensommeillé, je suis mort et je ne vis plus.

Et là, tu me dis : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. »

8-je-reprends-espoir

Et voilà que je reprends espoir, ton sang et ta parole me raniment, l’étreinte de la mort et du perpétuel sommeil se desserre, le souffle et la vie recommencent à circuler.

Je l’avais oublié, il n’y a que la gloire de Dieu. En dehors de la Lumière, de l’Amour et de la Vie qu’Il offre en abondance de toute éternité, rien ne survit, rien ne subsiste, tout disparaît. Et c’est la mort.

Pardonne-moi Seigneur, gloire à toi, tu es Dieu de Vie et je l’oublie tout le temps.

Mes brebis écoutent ma voix

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Hé que nous, être humains, nous ne sommes pas un cadeau!
Nous avons été généreusement pourvu de raison par Dieu lui-même, et voilà que nous mettons tout le poids de cette raison à contribution afin de s’acharner à nier notre Créateur, celui-là même qui nous a tant gratifié!

Depuis l’aube des temps, depuis mémoire d’homme, l’être humain a demandé des preuves de l’existence de Dieu. Alors Dieu s’est manifesté à son peuple, il a parlé par les prophètes, il a fait entendre son Nom, il a fait graver sa Loi, Il a prouvé sa Puissance jusqu’à ce que l’âme humaine soit saisie de crainte, il a accordé son pardon et sa miséricorde jusqu’à ce que le cœur de l’homme en éprouve de la gratitude.

Mais ce n’était pas assez, et du haut de son arrogance et de son illusoire savoir, l’homme demandait plus, encore plus tangible, d’avantage à sa dimension.

Il fallait que Dieu s’abaisse à la portée de sa création, qu’il soit doué de parole intelligible par l’oreille de chair, il allait qu’Il soit saisissable par l’œil humain, il fallait qu’Il puisse être touché par le doigt de l’homme. Alors Dieu s’est fait homme, alors Dieu s’est fait humain, alors Dieu s’est fait chair.

Il s’est fait annoncer par les prophètes, Il s’est fait prédire par les écritures, Il s’est fait précéder par celui qui crie sa venue dans le désert et confirmer par l’impressionnante  voix qui vient du ciel.

Et à Celui qui est venu enfin dans la chair par la Volonté du Père, on lui a demandé en plus de nous rendre des comptes à son propre sujet, on lui a demandé de parler pour lui-même, on lui a dit : « «Combien de temps vas-tu nous laisser dans le doute ? Si tu es le Messie, dis-le nous ouvertement ! »

Et Celui-là, venu de Dieu dans la chair, leur répondit ouvertement « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas : les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi », il leur confirma même la pure vérité au-delà de toute ambigüité : « Le Père et moi, nous sommes un. »

Dès lors ils décidèrent de le faire mourir, ne pouvant supporter qu’un homme de chair incarne Dieu en leur monde terrestre, rejetant ce qu’ils avaient tant demandé durant des siècles, cherchant à lapider le Fils de Dieu pour blasphème, condamnant le Fils de l’homme comme s’il se cherchait à se faire Dieu par lui-même, eux qui ne cessent entre eux de tirer leur gloire d’eux-mêmes.

Devant tout cela, quoi dire d’autre que : « Seigneur, pardonnes-nous! »

Je suis la porte

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« Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire… » Quand je me mets à l’écoute de ce que cherche à dire cette phrase, je suis obligé de reconnaitre que le « voleur » est bien présent dans le monde, de toutes sortes de façons, visibles et invisibles.

Je ne parle pas tant des petits voleurs, ceux qu’il est facile de pointer du doigt, de juger et de mettre en prison. Ces petits  voleurs qu’une société a éventuellement réussi à retirer de la circulation, se montrant satisfaite et fière d’avoir fait un « bon nettoyage » de ce qui la menaçait.

Quelque soit l’importance de leur délit et de leurs rapins, ceux-là restent de « petits voleurs ».

Le grand voleur est celui qui se glisse subrepticement dans la porte d’en arrière des meilleures volontés, qu’elles soient sociales, politiques, économiques et même humanitaires.

Le grand voleur, c’est celui qui, bien caché en arrière de notre œil, guette chacun de nos gestes, cherchant à déterminer si celui-ci sera à notre avantage ou non, si l’on en retirera du profit ou si l’on risque de perdre quelque chose. C’est cet expert en détournements en tout genre, ce grand saboteur, celui qui sans cesse cherche à se servir plutôt que servir son prochain, celui qui veut tout ramener à lui-même, désirant ultimement être l’unique centre vers lequel tout converge, volant dès lors cette place unique à Dieu.

Et c’est peut-être là que tout commence, vouloir être le centre, être l’unique face au monde, vouloir ne penser avant tout qu’à soi-même, être sans cesse en quête de son propre profit, et ne pas reconnaître que tout sans exception, non seulement vient de Dieu, mais aussi retourne à Dieu. On pourrait presque dire que, dès que quelque chose devient plus central dans nos vies que Dieu, le voleur a commencé son œuvre de détournement.

Comme le dit Jésus, le voleur ne vient que pour voler, c’est-à-dire pour s’emparer de ce qu’il considère son dû, oubliant dès lors qu’il reçoit tout de Dieu, oubliant que tout appartient ultimement à Dieu. Le voleur est rusé et ne cesse de trouver toutes sortes de combines pour que l’homme ne pense plus qu’à ce qu’il croit être en droit d’obtenir et posséder, à ce sur quoi il croit avoir le droit d’exercer un pouvoir, à ce dont il se donne le droit de jouir.

Le grand voleur ne se veut d’abord et avant tout que pour lui-même, que ce « lui-même » soit aussi petit qu’une satisfaction, fierté ou estime personnelle, ou aussi grand qu’une nation, une multinationale ou même une œuvre qui cherche à défendre ses propres intérêts sans considérer l’ensemble plus large auquel elle appartient, que ce grand ensemble soit l’humanité, la planète ou Dieu.

Dès lors le voleur, aussi bienséant et civilisé puisse-t-il apparaitre, vole ce qui ne lui appartient pas, égorge l’innocence et détruit l’unité, semant la division, le malheur et la souffrance.

À l’inverse, celui qui donne tout, son amour, sa miséricorde, son pardon, son sang, son corps, sa réputation et sa vie, sans rien garder pour lui-même et comme jamais personne ne l’avait fait avant lui, est le bon pasteur. Il est celui qui montre le chemin qui mène tout droit à la mise en échec du voleur. Il guide ses brebis, celles qui le reconnaissent sans se poser de questions, vers les pâturages libres de l’esclavage imposé par le voleur, vers la vie en abondance. Il est la porte de la Vie, la seule porte par laquelle la plus grande faucheuse et voleuse de vie, la mort, ne réussit pas, n’a jamais réussi, et ne réussira jamais à passer.

Tu le vois; celui qui te parle, c’est lui

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« Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez point de péché; mais vous dites : ‘Nous voyons!’ Votre péché demeure.

Il me semble que tout est dit dans cette petite phrase. Rien besoin d’ajouter.

Le péché tout entier réside dans la prétention de l’être humain à croire qu’il voit clair. L’homme croit en sa vision subjective, et à la limite il ne croit qu’en elle.

L’idée qu’il se fait des choses, les convictions qu’il se construit par lui-même lui sont sacro-saintes.

Et c’est bien là sa première source d’égarement.

L’homme a tout reçu de Dieu, et reçoit encore beaucoup plus dans la mesure où il reconnait que tout lui vient de Son Créateur.

En ce qui me concerne, je vois bien que la vérité m’apparait dans la mesure où je reconnais que je suis aveugle de naissance, que je ne peux y voir clair par moi-même et que seul Son Verbe, Sa Parole incarnée en son Fils, peut m’ouvrir les yeux.

Si je persiste dans mes fausses visions de non-voyant je ne me retourne pas vers Dieu, je m’en détourne, je m’éloigne de Sa Vérité, je suis dans l’égarement, multipliant les erreurs de direction.

« Erreur, égarement, détournement, éloignement de Dieu », c’est exactement le sens étymologique  de la racine hébraïque du mot « péché ».

Si je prétends y voir clair par moi-même alors que ma vision est tronquée, mensongère, imbue d’elle-même, je suis dans le « péché », dans l’erreur, dans l’égarement et je tourne le dos à Dieu.

Si je me reconnais aveugle, avançant à tâtons dans la noirceur, faussement guidé par la tyrannie de mes peurs et désirs, et que j’aspire à la véritable lumière, je me retourne ers mon Sauveur, et je sors de l’égarement.

Ni lui, ni ses parents n’ont péché

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Le Fils du Père, tel qu’il l’a démontré à plusieurs reprises, n’a pas besoin d’intermédiaire, potion magique, élaboration complexe d’apothicaire ou formule mystérieuse pour guérir, un seul mot lui suffit. Une seule parole.

Alors pourquoi, dans ce cas-ci n’a-t-il pas dit, « lève-toi et vois! », plutôt que d’étendre de la boue sur les yeux de l’aveugle en lui demandant par la suite d’aller se laver?

Pourquoi ne s’est-il pas contenter de dire une seule parole?

Dans certains cas, il ajoute, Tes péchés sont pardonnés! Sans doute pour signifier que la guérison du corps est également une guérison de l’âme, et que les deux sont indissociables.

Dans la guérison du paralytique, Saint-Luc (5, 11-13) rapporte les paroles suivantes de Jésus : « Qu’est-ce qui est le plus facile à dire, demande-t-il donc, de dire : « Tes péchés te sont remis » ou bien : « Lève-toi et marche » ?

Jésus précise aussi par la suite que le Fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés, associant du même coup la guérison du corps au pardon des péchés en un seul et même tout.

Or, l’Évangéliste a pris soin de nous révéler avant la guérison de l’aveugle, que ni ce dernier ni ses parents n’avaient péchés. Ce qui signifie que dans ce cas-ci, la guérison n’avait pas avant tout pour objet la délivrance de l’handicap à la fois physique et spirituel du pécheur, mais plutôt de manifester au travers de lui les œuvres de Dieu.

Ce qui veut dès lors dire que cette guérison nous concerne tous, puisque l’aveugle de naissance l’a été pour révéler l’œuvre de Dieu, non seulement à celui qui a été guéri, mais aussi et surtout à l’ensemble de l’humanité aveuglée par son propre enfermement.

En déposant de la boue sur les yeux de l aveugle de naissance, et en lui demandant d’aller se laver dans la piscine de Siloé, c’est-à-dire de « l’Envoyé », le Christ nous invite-t-il pas à reconnaître que nous avons de la boue devant les yeux, que nous ne voyons pas clair, que nous sommes non-voyants de naissance, et qu’il nous faut nous laver aux eaux vives du Messie, de l’Envoyé de Dieu, pour y voir véritablement clair?

Je suis la lumière du monde

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Quel être humain peut-il dire de lui-même « Moi, je suis la lumière du monde »?

Tout le monde peut croire en ses capacités d’éclairer temporairement son prochain lors d’un  passage particulièrement obscur. Mais qui peut dire : « Moi, je suis la lumière du monde »?

Le fou? L’insensé? Ou la grenouille gonflée de suffisance et de prétention, et qui essaye d’égaler l’astre du jour?

Le fou, étant dans la déraison, ne sait pas ce qu’il dit. Cela ne veut pas dire qu’il ne puisse pas dire des choses véridiques, mais celles-ci sont partielles, comme attrapées au vol et non réalisées ni assumées.

L’insensé se prend facilement pour le centre du monde, ne voyant que lui-même et que par lui-même. Ses lumières, ou du moins ce qu’il prend pour de la lumière, c’est-à-dire sa façon d’éclairer le monde selon sa raison d’être personnelle, lui apparaissent comme étant la source de toute vérité. C’est le comportement que beaucoup semblent adopter dans ce monde de plus en plus insensé, c’est-à-dire en manque de sens véritable, chacun n’agissant qu’en fonction de ses propres peurs, désirs et convictions.

Quand à la personne qui, pour mieux masquer son propre néant, cherche à se faire lumineuse aux yeux du monde, essayant de se convaincre de sa valeur par mimétisme de tout ce qui brille, et en se comparant à son avantage avec ce qui lui parait terne et sans éclat, devient-elle pour autant lumière du monde?

Paradoxalement, la vraie « lumière du monde » ne peut être issue de ce monde.

Comme l’astre solaire éclaire la terre sans être engendré par la terre, n’étant pas de la terre mais illuminant celle-ci généreusement.

De la même manière, Jésus-Christ révèle qu’il est la lumière du monde tout en précisant qu’il n’est pas de ce monde.

La véritable lumière du monde, celle qui véritablement éclaire ce monde, vient de Dieu et s’incarne profondément en ce monde sans être issu de lui.

Maintenant, sachant tout cela, comment est-ce que je réagis face à celui qui m’annonce : « Moi, je suis la lumière du monde »?

Est-ce que je le prends pour un fou, un insensé, ou une personne imbue de ses propres clartés, lesquelles risquent dès lors d’entrer en compétition avec les miennes?

Où est-ce que mon âme y reconnait effectivement la seule véritable lumière susceptible d’éclairer le monde? Auquel cas elle est immédiatement appelée à se détourner des brillances éphémères et des étoiles de la mondanité, adhérant dès lors à sa propre nuit pour mieux être illuminée par l’unique lumière de vie, celle qui vient du Dieu vivant.

Où sont ceux qui t’accusent ?

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« Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. »

Une toute petite parole, prononcée il y a bien longtemps dans un pays lointain, par une seule personne. Et pourtant, cette minuscule phrase, bravant l’implacable loi du monde, a fait le tour de la planète des millions de fois, sans renfort médiatique, sans campagne publicitaire, simplement partagée d’un cœur à l’autre.

Et la phrase qui lui inévitablement adjointe, venant de la même et seule personne au monde que l’on peut dire « sans péché », est tout aussi révolutionnaire : « Moi non plus, je ne te condamne pas ».

Celui qui par sa nature même aurait eu le « droit » de lancer la première pierre ne la lance pas.

Plus j’y réfléchis, plus cette parole me semble à contre-courant de la tendance de l’humanité toute entière, qui serait d’avantage de condamner l’autre pour la faute que l’on commet soi-même. Ce dont on voudrait inconsciemment être soi-même libéré, on en fait porter la faute à l’autre, comme pour mieux l’exorciser. Lorsque qu’une communauté entière lapide avec violence l’un des leurs parce qu’il a péché, c’est leur propre propension au péché qu’ils tentent d’éliminer, d’éradiquer, de tuer.

Peut-être que dans nos sociétés dites évoluées, les lapidations publiques sont moins visibles, leur violence physique s’étant déguisée en lapidations plus subtiles mais tout aussi destructrices.

Je ne peux pas m’empêcher de penser aux nombre de fois que je participe sans même m’en rendre compte à ces lapidations sociales. Chaque fois que je cède à un mouvement d’opinion publique qui désigne une personne comme étant coupable, réprouvant sa conduite sur un simple ouï-dire, quand bien même que je n’ouvre pas ma bouche, mais que j’ai déjà en moi-même altéré la réputation de cette personne en la plaçant sur le banc des accusés, je participe à cette lapidation collective.

Il faut avoir été celui que l’on pointe du doigt pour prendre conscience de toute la violence de cette forme de lapidation morale. Chaque jour, à chaque fois que je cède aux mouvements d’opinion publique altérant la réputation d’une personne, je joins les rangs des accusateurs du Christ, de ceux qu’ils l’ont implacablement jugé et persécuté sans chercher à connaitre la vérité, tout simplement parce qu’il cherchait un bouc-émissaire à sacrifier pour tenter d’exorciser leur propre égarement.

Pourquoi celui qui est né sans péché a été crucifié par la foule de ceux qui sont dominés par le péché?

Et pourquoi la femme prise en flagrant délit d’adultère se retrouve-t-elle si souvent à être lapidée par ceux-là même qui sont en flagrant délit de concupiscence, de médisance et qui manifestement n’obéissent pas au commandement qui dit « Tu ne tueras point »?

Ne jugez point sur l’apparence

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« Ne jugez point sur l’apparence, mais jugez selon la justice »

Cette toute petite phrase retient mon attention, au-delà de tout le dialogue qui vient de se faire entre Jésus et les nombreux incrédules qui déjà se préparent à le faire mourir. Parce que d’une certaine façon, ces quelques mots résument tout le drame qui se signe entre Jésus-Christ, œuvrant à la gloire de Celui qui l’a envoyé, et le monde des hommes qui lui ne cesse de rechercher sa propre gloire, niant par le même fait celle de Dieu.

Qui ne reconnaitra pas, étant issu du monde des hommes, qu’il ne cesse de juger selon les apparences, et non selon la vérité? Qui ne cherche pas à se construire une image extérieure, une façade qui devient plus chère à ses yeux que ce qui est juste aux yeux de Dieu?

Et qui, en luttant de toute son âme pour maintenir une image extérieure qui lui soit favorable, ne finit pas par courtiser le mensonge et l’hypocrisie?

Le jeu préféré de la société des humains semble être de s’approprier le pourvoir d’attribuer de la valeur ou d’en enlever à tout être créé par Dieu, au point de se donner le droit d’attenter à la vie de cet être.

Cette propension galopante au jeu du jugement selon les apparences est bien illustrée par la grande rumeur qui emportait la foule, les uns jugeant Jésus comme un homme de bien, et les autres le considérant comme un imposteur. La vision divisée et porteuse de division de l’être humain coupé de la justice de Dieu se signant à nouveau, comme elle n’a cessé de le faire dans toute l’histoire de l’humanité.

La parole de Jésus « J’ai fait une seule œuvre, et vous voilà tous hors de vous-mêmes » est révélatrice de la chute de l’être humain.

Jésus a fait une seule œuvre : parler et agir au nom de Dieu. Et voilà que l’ensemble de la société des hommes s’est révélée comme étant hors d’elle-même, hors de sa condition divine de peuple de Dieu, celle qui est d’agir pour la justice et la gloire de Celui-ci.

Au travers de cette parole, j’entends aussi Dieu qui s’exprime lui-même par la bouche de son fils : J’ai fait une seule œuvre lorsque je vous ai créés, je vous ai offert une conscience élargie et des pouvoirs inégalés, et vous voilà tous hors de vous-mêmes, enivrés et abusant de ce que je vous ai donné  pour créer un monde de mensonges et de luttes meurtrières.

Franchir le mur de la Parole

(Lire l’extrait Celui qui mange de ce pain vivra  auquel ce commentaire réfère) 

« Dès ce moment, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n’allaient plus avec lui. »

À ces paroles, mon cœur vit une tristesse familière. Combien de fois Seigneur, nous nous retirons et n’allons plus avec toi, et combien de « disciples » à l’intérieur de nous-mêmes, combien de parties de nous-mêmes ne peuvent véritablement t’entendre, se retirent et ne vont plus avec toi.

Pourquoi? Parce que la Vie amenée par Jésus est infiniment plus grande que la vie de ce monde, parce que cela nous demande de passer de la logique de la raison à la folie de l’irrationnel, et que nous avons peur de passer de l’une à l’autre, nous accrochant à ce que nous connaissons et nous écartant des chemins impénétrables pour la raison humaine.

C’est comme si tout ce qui en nous suivrait le Christ selon la loi du monde, selon la logique du plus fort, y voyant le comblé de la toute puissance de Dieu qui multiplie les pains et guérit des infirmités, s’en détourne aussitôt que cette logique terrestre semble vaciller et que Jésus apparait dans sa vulnérabilité.

Cela me fait penser à l’image d’un avion qui ne parvient pas à dépasser le mur du son, afin de passer à une autre fréquence, à une autre vitesse. Les disciples qui suivent le Christ dans l’espoir de servir leurs propres intérêts ne parviennent pas à passer le « mur de la parole », de la même manière que le chameau de la parabole du riche ne parvient pas à passer le trou de l’aiguille.

Suivre Jésus-Christ nous demande sans cesse d’être prêt à tout, par amour, au-delà de toute logique et toute apparence, et surtout d’abandonner tout savoir et toute idée préconçue au profit de la volonté salvatrice de Dieu.

Et quelle est cette volonté salvatrice de Dieu? Que nous vivions. Que nous vivions de la vraie Vie et non de celle qui n’a d’autres finalités que la mort. Dieu, au travers de Jésus, au travers de son envoyé dont le nom révèle qu’il est le sauveur, ne veut ultimement que nous délivrer de l’enfer de la mort et du non-amour.

Celui qui mange de ce pain vivra

Jésus, en une seule phrase, fait voler en éclat les portes du royaume de la mort :

« Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi. »

Et il précise au-delà de toute ambigüité : « C’est là le (vrai) pain qui est descendu du ciel: il n’en est point comme (celui) de vos pères qui ont mangé la manne et qui sont morts; celui qui mange de ce pain vivra éternellement. »

Le Père est Vie, son Verbe est Vie. Par une seule parole, par son seul souffle, il a créé le monde et les êtres vivants. Pas plus que nous ne pourrions continuer à vivre sans respirer, nous cesserions instantanément de vivre s’il cessait de nous chuchoter : Sois! Comme je suis Moi-même Celui qui Est, Ma Volonté est que tu sois! N’aie pas peur, je t’aime, sois Vie, sois don de Vie, sois vivant comme je le suis! 

Mais cela nous l’avons oublié, l’humanité ne l’entend plus depuis la chute. En quête extérieure de cette Vie et de cet Amour originels, nous errons dans les reflets du monde qui ne peuvent que nous disperser et nous égarer.

Nous sommes tellement perdus que lorsque Dieu nous prend tendrement la main au travers de son Fils pour nous aider à retrouver le chemin du don de Vie et d’Amour,  nous n’y voyons que des obstacles destinés à nous empêcher de vivre.

Comme les disciples qui ne cherchent que leurs propres intérêts selon la logique de la mort ne voient dans les paroles du Christ qu’un mur rebutant et infranchissable.

Et pourtant Jésus-Christ ne dit que la vérité. Comme une source qui jaillirait directement du Sein du Père dirait la vérité si elle exprimait en paroles : Je suis l’Eau Vive du Père, celui qui me boit n’aura plus jamais soif.

Le Père est Vie. Son Fils, prolongement direct de cette source de Vie, incarné en ce monde, vit par Lui et en Lui, en se nourrissant directement de Sa Volonté et de Ses Paroles.

Accomplir à notre tour la Volonté de Jésus-Christ, obéir à ses Paroles, « faire tout ce qu’il dira », est Vie. Et puisque Jésus est le Verbe incarné de Dieu, qu’il en est la Source de Vie manifestée, s’en nourrir et s’en abreuver est également Vie.

À la parole «…celui qui me mange vivra … », Beaucoup de disciples réagirent en disant « Cette parole est dure, et qui peut l’écouter? »

Cela vous scandalise?

Je ne peux pas m’empêcher de me questionner : en quoi exactement les disciples ont-ils trouvé cette parole dure?

Est-ce que c’est le fait d’envisager d’avoir à se nourrir de la chair d’un homme qu’ils ont trouvé dur? Où est-ce que c’est la condition à la vie éternelle, à savoir qu’ils ne peuvent avoir y accès par leurs propres moyens, sans dépendre de quelqu’un d’autre?

D’une certaine manière la logique « anthropophage » est omniprésente en ce monde, dans le sens que nous sommes accoutumés à nous « nourrir » de la chair de l’autre. En commençant évidemment au sens propre par le fait qu’une grande partie de l’humanité doit sa survie à la consommation de la chair de nos frères les animaux.

Au sens figuré, nous avons banalisé le fait de nous nourrir de la chair de l’autre au travers du vol, de l’esclavage, des génocides, de toutes les formes d’exploitation humaine, du trafic d’organes et de la consommation sexuelle quand celle-ci n’a d’autre objet que la satisfaction des désirs personnels. De là à se nourrir de la chair d’un être humain, il ne reste qu’un petit pas qui a été maintes fois franchis.

Adoucissons la parole, supposons que Jésus ait dit aux disciples : Celui qui boit à mon sein vivra!

Est-ce que les disciples qui se retirèrent à l’idée de devoir manger la chair seraient d’avantage restés? Je me permets d’en douter.

Parce que ce qui fait obstacle à Dieu, c’est précisément cette volonté qui préfère se servir elle-même, cherchant à se nourrir par ses propres moyens afin de rester autonome et en position de contrôle. Cette volonté propre, qui ne vit avant tout que pour elle-même, pourrait difficilement se résoudre à retourner à la position de l’enfant qui dépend du sein parental pour vivre.

Alors que les douze, n’étant pas venus par eux-mêmes et ayant été « choisis » par Jésus (et par conséquent par le Père Lui-même), sont un peu comme les petits enfants légitimes du Seigneur. Ils confessent qu’ils se nourrissent déjà de sa Parole vivante : « Seigneur, à qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle.

Mais surtout, ils acceptent ce que tous les petits enfants du monde acceptent face à leur parents, ils acceptent de ne pas savoir.

Le petit enfant comprend rarement ce que ses parents lui disent, mais il les écoute et croit qu’ils disent la vérité, il leur réitère sans cesse sa confiance au-delà de ses peurs et doutes. Croyant en ses parents, le petit enfant en découvre les qualités de tendresse nourricière. Les disciples, se faisant tout petits enfants devant le Mystère de Dieu le Père incarné en son Fils, réaffirment leur foi :  « Et nous, nous avons cru et nous avons connu que vous êtes le Saint de Dieu », ce qui pourrait aussi se traduire en ressenti « petit enfant » par : …et nous t’avons suivi et aimé dans la confiance, tu nous a tendrement nourri et nous avons reconnu que tu es le Sein de Dieu le Père.

Celui qui mange ma chair
et boit mon sang…

(Lire l’extrait Et le pain que je donnerai, c’est ma chair auquel ce commentaire réfère) 

Ces paroles m’apparaissent comme étant parmi les plus centrales et révolutionnaires de tous les Évangiles, et même de tous les écrits spirituels qu’il m’ait été donné de lire.

Jamais un prophète, jamais un inspiré de Dieu, jamais un maître spirituel n’a dit une telle chose : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».

S’il est une parole qui démarque Jésus de tous les autres messagers de Dieu, c’est bien celle-là.

Cette parole, inacceptable aux yeux de la raison du monde, est pourtant celle qui signe la filiation directe de Jésus avec Dieu le Père.

Car c’est une vérité, à la fois terrestre et céleste, que nous ne pouvons survivre qu’une seule seconde en ce monde, ni ne pouvons vivre dans le monde des cieux, sans être continuellement nourris du Père.

Aussi vrai qu’une rivière cesse de bondir si elle est coupée de sa source, aussi juste qu’une fleur ne peut éclore sans se sustenter de la sève de l’arbre, aussi sûrement que le bébé de l’homme se nourrit du sein maternel, il est aussi vrai que l’être humain cesse d’être s’il n’est pas continuellement nourri du Père, source infinie de toute vie.

Sur terre, cela se manifeste déjà par le fait que l’être humain ne peut survivre sans boire et manger le Père au travers de sa création, ne fût ce qu’en absorbant sa lumière, en respirant son air, en buvant son eau, et en mangeant les végétaux, fruits, semences et êtres vivants qui d’une manière ou d’une autre sont tous issus de son incommensurable générosité. Ainsi nous demeurons en sa création, en ce qui est issu de Lui, et Lui demeure déjà en nous au travers tout ce dont nous nous alimentons quotidiennement.

Mais ce reflet terrestre de la vérité divine demeure incomplet et imparfait en ce sens que l’être humain a perdu sa relation et communion directe avec Dieu, créant un monde illusoire dans lequel la survie ne semble à la limite possible qu’en s’entredévorant sauvagement les uns les autres, au détriment son prochain. Surgit dès lors un monde de convoitise et de peur, une jungle dans laquelle seul le plus fort semble pouvoir survivre, un monde où la mort règne en maître. Et à l’extrême un monde, lorsque Dieu en a été apparemment complètement exclu et oublié, dans lequel chacun ne vit ultimement que pour soi, une sorte de jeu vidéo dans lequel il faut tuer tout ce qui nous entoure à défaut d’être soi-même anéanti.

Ce monde sauvage de tous contre tous, dans lequel chacun ne vit que pour lui-même, est bien reflété dans l’univers des animaux carnivores. Pour demeurer en vie, l’animal carnivore ne connait d’autres moyens que de manger la chair et de boire le sang de son vis-à-vis. Mais cette survie n’est qu’éphémère et que de très courte durée, puisque cet animal devra encore tuer le lendemain pour prolonger sa vie.

Or c’est là que la parole du Christ m’apparait comme une parole pivot, celle sur laquelle le monde entier est appelé à se retourner.

Jésus reprend dans sa parole l’image la plus crue et extrême de la réalité de la survie terrestre : manger la chair et boire le sang. Mais il l’inverse.

Au lieu de dire, selon  la logique vampirique du monde : « Aller, mangez la chair de votre prochain et buvez son sang, ainsi vous aurez la vie sauve pour quelques jours encore », il dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».

Qui d’autre que Dieu fait chair peut dire cette parole là?

Mais l’être humain en perte de sa raison d’être, attaché à sa vision d’une survie dépourvue de toute providence divine, préfère n’y voir que les paroles d’un insensé.

Ce pourquoi Jésus ajoute : « Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire… » ainsi que : « Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement, vient à moi. »

Ainsi la parole de Jésus, « scandale pour les juifs et folie pour les païens », devient parole de salut pour celui qui y reconnait la vérité du Père, tout en devenant motif de condamnation pour les hommes qui persistent à ne la juger et l’interpréter que selon la logique du monde.

Mais pour moi, la plus grande révolution de cette parole, en est une de simplicité et d’amour. Il me semble que par les paroles de son Fils bien aimé Dieu me rappelle tout simplement :

As-tu oublié que tu es mon enfant? Tu es chair de ma chair, sang de mon sang. As-tu oublié toutes ces années où je ne t’ai nourri que de mon sein? Maintenant même où tu ne crois devoir ta survie qu’à la force de ton bras ou à l’intelligence de tes actions, sache que ce n’est encore et toujours que de Moi dont tu te nourris, et que ce n’est que par Moi et en Moi que tu agis.

 Tu souffres? Tu as peur? Tous tes combats ne semblent-ils ne mener que vers la mort? Reviens à Moi, nourris-toi à nouveau de mon Souffle, de ma Présence et de mes Paroles, reviens en confiance dans mes bras et repose toi en mon sein, reconnais-toi à nouveau corps de mon Corps, chair de ma Chair, sang de mon Sang, et tu verras que plus rien ni personne, ni serpent ni diable, ni même la mort, ne pourra faire semblant de venir s’immiscer entre toi et Moi. Je t’aime de cet Amour dont tu as cherché éperdument les traces en ce monde, de cet Amour qui brise tout mur et toute prison, qui anéantit toute distance, qui élimine tout délai, attente et durée.

Même au plus obscur et retranché de tes cachots et enfermements, Je continue à t’aimer. Je ne t’ai pas oublié. Là même où tu t’es détourné de Moi jusqu’à en oublier mon Nom, la même où tu éprouves la soif et la faim, ne trouvant plus rien pour les assouvir, Je me fais pain de Vie et vin d’Esprit afin que tu puisses à nouveau rentrer en communion  avec Moi.

Ainsi tu demeureras à nouveau en Moi, et Moi en toi, pour l’éternité.

Croire en celui qu’Il a envoyé

(Lire l’extrait Je suis le pain de vie auquel ce commentaire réfère) 

Encore une fois, à la lecture de ce passage de l’Évangile, je ne peux que m’incliner devant l’immensité que révèlent ces paroles. L’Amour de Dieu est infini, sans limites, et cette infinité de miséricorde nous est livrée dans la plus grande humilité et simplicité.

Chaque passage de cet Évangile est une immensité de pardon, de réconciliation et de béatitude pour peu que l’on accepte de l’entendre avec le cœur d’un enfant.

Et chaque phrase est un sentier facile d’accès pour la personne qui s’est égarée dans la jungle du monde. Il suffit de quelques pas pour se retrouver sur ce chemin qui sauve et mène à bon port

Comment Dieu s’y est-il pris pour concevoir une voie aussi aimante et simple?

Quelle est l’œuvre que Dieu demande ? Y a-t-il plus simple réponse que « croire en celui qu’Il a envoyé? » Aucun travail savant et laborieux pour deviner les mystères impénétrables d’un Dieu que personne n’a jamais vu.

Aucun escalier improbable serpentant sur des monts escarpés et dont il faudrait péniblement gravir les marches une à une pour se rapprocher des hauteurs célestes de Dieu. Au contraire, le véritable pain, celui qui donne la vie, descend lui-même du ciel pour s’offrir à l’homme chuté.

Dans l’ancien testament, lors de l’expulsion du paradis terrestre, il avait été dit que l’homme devait désormais gagner son pain à la sueur de son front.

Et maintenant, voilà que Celui que Dieu nous envoie se présente lui-même comme étant le pain de vie : « Je suis le pain de vie: celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »

Autrement dit, crois en Celui que Dieu nous envoie, et non seulement tu n’auras plus jamais faim ni soif, mais en surcroit tu auras la vie sauve. Car Celui que Dieu à envoyé pour parler et accomplir Sa Volonté en son Nom, est aussi Celui par qui Dieu sauve : Jésus.

La mer soulevée par un grand vent,
était agitée

(Lire l’extrait Lève-toi, ils virent Jésus marchant sur la mer auquel ce commentaire réfère) 

Au-delà du miracle d’un fils d’homme qui accomplit des prodiges qu’aucun être humain avait accompli auparavant, au-delà de la raison même qui est remise en cause dans sa logique implacable, aucun corps humain n’étant en mesure de marcher sur l’eau, s’il te plaît mon cœur, qu’entends-tu, que vois-tu dans ce passage des Évangiles sur Jésus marchent sur le mer?

– Je vois d’abord une mer agitée.

Pour moi, cette mer agitée, c’est le monde des êtres humains lorsqu’ils ont oublié Dieu, lorsqu’ils ne croient plus qu’en leurs propres capacités, et qu’ils s’agitent dans tous les sens pour maintenir à flot une vie qui n’a plus d’autre raison d’être que sa propre existence, s’enfonçant dès lors irrémédiablement dans les eaux de la mort, se noyant dans le désespoir par manque de respiration, par manque de souffle venu d’en haut.

À mon sens, ces eaux menaçantes représentent toute l’inconscience humaine livrée à ses propres divisions, contradictions, projections et mensonges, à défaut d’être éclairées par la lumière réunifiante de Dieu.

Jésus, qui a titre de fils de Dieu est toute conscience, toute paix et toute vérité, ne participe pas directement de l’agitation des âmes retranchées de Dieu, il la touche à peine des pieds de par son incarnation dans le monde des hommes.

Alors que les disciples rament dur sur ces eaux perturbées par les doutes et peurs, Jésus marche paisiblement sur elles. Ayant été conçu du souffle même du Père, il est lui-même tout souffle et respiration divine et ne peut dès lors participer du sans souffle des eaux de l’inconscience, du sans respiration de la non-communion avec Dieu.

Les disciples, embarqués dans leur frêle esquif, sont entièrement préoccupés par les actions de la survie selon la logique du monde terrestre, cette logique qui crie sans cesse : Tu es en danger de mort, tu ne peux que compter que sur toi-même, agite-toi pour te sauver par toi-même. Ils sont dans la peur. Et comme ils sont dans la peur, ils perçoivent avec effroi ce qui sort de la logique de ce monde.

Comme nous craignons Dieu lorsqu’il fait mine de pointer son nez dans notre vie. Affairés dans la sauvegarde des biens que nous croyons n’avoir amassés que par notre propre persévérance, nous avons peur que cette présence qui défie toute logique, qui traverse même les murs des coffres fort les mieux blindés, ne nous enlève quelque chose.

Si les disciples dans leur détresse s’étaient tourné vers Dieu, s’ils l’avaient appelé avec force, si dans leur foi ils avaient invoqués de toute leur âme leur maître, Seigneur et sauveur, le sachant Messie et Fils du Tout-Puissant, ils auraient été réconfortés et soulagés de le voir apparaître dans son apparence de celui qui survole toute agitation terrestre.

Mais ils étaient dans la peur, ils se percevaient seuls, ils avaient oublié ce miraculeux compagnon qui ne cesse de les accompagner sur la route où qu’ils soient, ils ne reconnaissaient plus la présence du berger attentionné et débordant d’amour qui jamais n’abandonnera la brebis égarée.

Ils étaient dans la peur, et ils ont eu peur en apercevant le sauveur dans sa Vérité.

Ce pourquoi il leur répète encore une fois, comme il ne cesse de nous répéter à tous les jours :

« C’est moi, ne craignez point. »

C’est moi, le Fils du Tout-Puissant, le bien aimé de Celui qui dit de Lui-même Je suis celui qui suis. C’est moi, le Verbe de Vie, celui qui brise les portes de l’enfer et relève la vie des griffes de la mort. C’est moi qui suis de toute éternité, j’étais là avant, je suis là maintenant, et je serais là après, cessez de craindre, cessez d’avoir peur pour vos vies. Nous seulement vous ne cesserez jamais d’être en moi, dans mes bras et dans mon cœur, mais en plus je ne cesserai jamais d’être en vous et auprès de vous, là-même où ne vous ne m’attendez pas, au cœur de vos doutes, au-delà de toute logique et toute raison! 

Il les distribua à ceux qui étaient assis

(Lire l’extrait Lève-toi, Où achèterons-nous du pain?  auquel ce commentaire réfère) 

Évidemment, à la lecture de ce passage de l’évangile sur la multiplication des pains, je ne peux m’empêcher de penser à la multiplication de l’offrande du pain et du vin au travers de l’eucharistie, à la distribution du corps du christ, sous forme de l’hostie, à des millions et des millions de fidèles affamés du véritable pain de Vie.

Pour moi, la possibilité que Jésus-Christ a manifesté de nourrir à satiété cinq mille personnes au moyen de cinq pains et deux poissons, préfigurait le pain vivant qui allait nourrir une infinité de personnes en quête de véritable communion.

On peut se demander pourquoi il ne semble avoir accompli ce prodige qu’une seule fois, comme d’ailleurs celui du changement de l’eau en vin?

La dernière phrase de ce passage de l’Évangile de St-Jean répond peut-être à la question : « Sachant donc qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi, Jésus se retira de nouveau, seul, sur la montagne ». Jésus n’est pas venu pour devenir roi du monde, même un roi juste et bon qui saurait protéger, éduquer et nourrir son peuple dans la prodigalité de Dieu le Père.

Si Jésus, en tant que Fils bien-aimé du Père, est venu pour manifester l’amour guérissant et nourrissant de Dieu sous forme de signes et de miracles, il est avant tout venu pour nous tendre la main et nous inviter à se convertir, à se détourner des illusions du pouvoir terrestre, et à se redécouvrir à notre tour les petits enfants bien aimés de notre Créateur.

En ce sens il signe et balise le chemin du retour dans les bras et les grâces de Dieu, relevant celles et ceux qui son tombés, et provoquant du même coup la chute de ceux qui cherchent à s’élever sur de fausses hauteurs construites de main d’homme.

Jésus vient dans le monde, il prononce les paroles, il accomplit les signes et guérisons, puis il retourne seul sur la montagne, intercédant auprès du Père en faveur de l’humanité chutée pour le relèvement de celle-ci.

Jésus ne répond pas avant tout à la satisfaction des besoins terrestres, mais à la nécessité profonde de tout être humain de sortir de l’esclavage mortel auquel ce dernier  est soumis en ce monde.

Pour terminer, à propos de la libération de la condition d’esclave, je ne peux m’empêcher de prêter attention au moindre mot, parmi ceux qui sont apparemment les moins signifiants, de la Parole.

Dans l’ancien testament, à la Pâques, il est dit que les Hébreux mangeaient le pain debout, à la hâte, le bâton à la main et les sandales aux pieds, prêts à fuir l’esclavage que leur imposait Pharaon.

Ici, dans le nouveau testament, Jésus demande d’abord à chacun de s’asseoir sur l’herbe. Ensuite il prend le pain (à raison d’un seul pain pour mille hommes), il rend grâce à son Père, et le distribue à ceux qui sont assis.

Pourquoi St-Jean prend-il la peine de préciser qu’il les « distribua à ceux qui étaient assis » ?

Pour faire à nouveau le parallèle avec l’ancien testament, les hébreux fuyant la tyrannie de Pharaon, après avoir assisté à d’inquiétants prodiges qui ont secoué le royaume qui les asservissait, ont dû traverser le désert à pied durant de longues années, animés par l’espoir d’atteindre la terre promise.

Dans le nouveau testament, pour être libéré de la tyrannie imposée par le prince de ce monde et de l’asservissement aux cycles de la mort, Jésus nous fait tout simplement asseoir sur l’herbe devant lui, et nous nourrissant de sa Parole et de son pain, il nous indique le chemin du royaume des cieux.

Il nous convie à la meilleure part, celle qu’a choisi Marie, la sœur de Marthe, qui cessant de courir de gauche à droite à la recherche du pain du monde se retrouve à ses pieds, en gratitude devant cet être incarné en lequel Dieu a mis tout son amour.

Encore à propos du jugement

 (Lire l’extrait Lève-toi, En vérité, en vérité, je vous le dis…  auquel ce commentaire réfère) 

Je me permets de poursuivre ma réflexion sur le jugement amorcée la semaine dernière, toujours à la lumière de la parole de l’Évangile de St-Jean.

Dans le passage précédant, Jésus nous révélait que Dieu le Père ne jugeait pas : » Le Père lui-même ne juge personne ».

Quel soulagement, mon Père ne me juge pas!

Je pourrais passer  la journée à le crier sur les chemins, tant ces quelques mots me libèrent d’une pression sourde, omniprésente, laquelle remonte sans doute à ma tendre enfance. Peut-être à toutes ces fois où j’ai senti le regard, que je percevais foudroyant de jugement et de reproches, de mon propre père terrestre suite à un comportement ou une action de ma part, semble-t-il totalement répréhensible, mais dont je n’avais même pas conscience.

Depuis, l’épée de Damoclès du jugement paternel me poursuit, comme l’œil de Dieu s’attachait aux pas de Caïn.

Si le jugement ne vient pas du Père tel quel, il ne s’est pas évaporé pour autant. Je viens à peine d’apprendre que le Père bien aimant ne me juge pas, me pardonnant sans cesse, qu’aussitôt Jésus ajoute : « …il a donné au Fils le jugement tout entier ».

Il précise : « ainsi il (le Père) a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même; Et il lui a aussi donné le pouvoir de juger, parce qu’il est Fils de l’homme ».

Il lui a aussi donné le pouvoir de juger, parce qu’il est Fils de l’homme, je ne peux m’empêcher de répéter la phrase, pressentant qu’elle recèle en elle-même la clé de ce que je cherche à comprendre.  Puis l’évidence s’impose : le jugement appartient à la condition humaine, il n’apparaît qu’au moment de la chute de l’être humain. Point de jugement au ciel ni au paradis terrestre, le jugement est inhérent à la séparation engendrée par la chute.

Si Dieu le Père en lui-même ne juge pas, le jugement se révèle par la condition de l’homme pécheur, de même que le sentiment de culpabilité et l’appel au pardon qui s’ensuivent. Et c’est donc en tant que « fils de l’homme » que le Christ se voit remettre le pouvoir de juger. Tandis que c’est à titre de Fils du Père que Jésus se voit remettre le pouvoir de pardonner et d’accorder la vie.

Est-ce pour autant Jésus, celui-là même qui a tout pardonné sur la croix, qui me juge en personne?

Je serais tenté de dire non. Je n’arrive pas à concilier en moi l’image du sauveur aimant qui donne sa propre vie pour les pêcheurs et la brebis perdue, avec celle de la figure sévère qui maintient un jugement. Je serais plutôt enclin à dire qu’il révèle le jugement, en ce sens que s’il nous tend la main pour nous sauver de la chute, il révèle aussi ce par quoi nous refusons de prendre cette main.

Ce qu’illustre parfaitement la parole : « Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ». St-Jean, 3, 17-18

Jésus apparaît ainsi comme étant en lui-même le chemin et la porte étroite qui nous permet de sortir de notre condition déchue.

Le chemin de l’église du Christ continue à accueillir en ses bras et la porte du cœur de Jésus reste ouverte en permanence. Ni l’un ni l’autre ne juge ni n’exclut le pécheur. Mais se révèle par ce chemin et cette porte ce en nous qui persiste à nier ce chemin et à ne pas vouloir passer par cette porte.

À titre de comparaison, nous pourrions dire que la personne tombée au fond du gouffre n’est pas à proprement jugée si elle ne s’accroche pas à la corde qui lui est tendue, mais elle se condamne d’une certaine façon elle-même à perpétuer l’enfermement dans lequel elle vit.

C’est là que la toute première phrase du présent passage de l’Évangile prend tout son sens :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, et n’encourt point la condamnation, mais il est passé de la mort à la vie ».

Nulle trace de condamnation pour celui qui passe de la mort à la vie, écoutant la parole de Jésus-Christ et se réconciliant avec le Père.

Aucune ombre ne subsiste dans la pleine lumière de Dieu, aucune haine dans l’amour inconditionnel de Dieu, et aucune condamnation pour qui embrasse la vie sans limites du don de Dieu!

Le jugement, la loi sur laquelle ce jugement s’appuie, la mort ainsi que les conditions d’accès au royaume des cieux,  appartiennent tous à l’état d’une humanité qui a perdu sa première raison d’être, comme les conditions de libération sont inhérentes au fait d’être emprisonné.

Si une personne est totalement libre, sorti de sa geôle, sa liberté ne peut plus être conditionnée par des outils de libération puisqu’elle est déjà libre.

L’homme, dans sa chute, est l’artisan de son propre jugement et de sa propre condamnation, il secrète lui-même la toile d’araignée de laquelle il devient captif en se retranchant de son origine divine.

Comment sortir de cette condamnation et de ce jugement que l’être humain s’auto-inflige?

En agissant comme le Père et son Fils :

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et vous recevrez : une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira aussi pour vous. » St-Luc 6, 36-38

Je me permets de résumer, Dieu ne juge personne, Jésus ne vient pas pour nous juger mais bien pour nous sauver, et celui qui les rejette s’exclut lui-même, comme l’homme tombé à l’eau se condamne lui-même à la noyade s’il refuse la bouée de sauvetage qui lui est lancée.

Ce que confirme cet autre passage de St-Jean (12, 47-48) :

« Si quelqu’un entend mes paroles et n’y reste pas fidèle, moi, je ne le jugerai pas, car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. Celui qui me rejette et n’accueille pas mes paroles aura un juge pour le condamner. La parole que j’ai prononcée, elle le condamnera au dernier jour. »

Comment une seule parole peut-elle juger? Encore une fois, la première phrase du passage de l’Évangile de St-Jean que nous écoutons présentement dit tout :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, et n’encourt point la condamnation, mais il est passé de la mort à la vie ».

Une fois prononcée par Jésus, cette parole révèle en elle-même le chemin de la libération de la mort, comme elle révèle en même temps que celui qui n’écoute pas sa parole et ne croit pas à Celui qui l’a envoyé, se condamne lui-même à ne pas se saisir la main qui lui est tendue pour passer de la vie à la mort.

Car le Père aime le Fils

(Lire l’extrait Lève-toi,  Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père auquel ce commentaire réfère) 

Quoi dire?

Comme les autres passages de cet évangile, ces quelques lignes sont si riches que l’on pourrait passer des jours à les lire, à les méditer et à les contempler, sans que la floraison de sens ne s’atténue, les nouvelle révélations y bourgeonnant,  éclatant les unes après les autres dans toute leur luminosité.

Devant une telle prodigalité de signifiance, je me retrouve immanquablement coi, réduit au silence, paralysé, incapable du moindre mot.

C’est trop grand pour moi, c’est trop vaste pour mes petites capacités d’accueil.

Je suis dès lors appelé à baisser les yeux, à cesser de  chercher à saisir ou à comprendre cette immensité, et à choisir une toute petite phrase à la mesure de mes aptitudes de cœur, d’âme et d’esprit.

Singulièrement, à la lumière de cette seule phrase, le reste du passage dès lors s’éclaire d’une nouvelle perspective, rendant le tout plus facile à appréhender.

Cette fois-ci, c’est la phrase : « le Père aime le Fils ».

Comme le Christ nous l’a enseigné, ce qui vaut pour le Fils vaut pour chaque humain, aussi pécheur ce dernier soit-il. C’est là toute l’histoire du fils prodigue. Dès que le l’homme déchu se retourne, dès qu’il se convertit, cessant de fuir le Père, cessant d’en avoir peur, il retrouve lui-même son état originel de fils ou fille du Père bien-aimant.

Pourquoi dès lors chercherions-nous à fuir le Père? Pourquoi en avons-nous peur? Est-ce parce que nous craignons qu’il nous juge?

Jésus nous répond deux phrases après avoir confessé l’amour du Père en une seule parole explosive : « Le Père lui-même ne juge personne ».

Le Père, lui-même, ne juge personne.

J’ai beau relire, il a bien dit : personne!

Le Père tout-puissant, dans son infinie sagesse et amour inconditionnel, ne juge personne. En d’autres mots, son amour pour nous est tellement grand qu’il ne cesse de nous pardonner à chaque seconde pour nos multiples égarements.

Ce qui pourrait expliquer qu’il nous laisse vivre librement toutes nos révoltes et combats à la surface de la terre sans jamais intervenir lui-même.

Mais alors, d’où vient ce jugement dont l’être humain a si peur?

Jésus précise dans la même phrase : « il (le Père) a donné au Fils le jugement tout entier »

C’est à Jésus le tendre, l’aimant, celui-là même qui a sur la croix demandé le pardon pour ceux qui le persécutaient, c’est à la compassion et à la miséricorde divine faites chair qu’a été remis l’ensemble du jugement!

Qu’est-ce à dire?

Mon cœur, il me reste à laisser fleurir cette révélation durant quelques jours afin de mieux l’entendre.

À suivre…

Lève-toi, prends ton grabat et marche

(Lire l’extrait Lève-toi, prends ton grabat et marche auquel ce commentaire réfère) 

La première chose qui m’interpelle dans ce passage, c’est à quel point la raison, que l’on pourrait aussi appeler l’esprit du monde, et de l’autre côté le souffle de l’Esprit venant de Dieu, ne « pensent » pas de la même manière.

Jésus, voyant un malade et sachant toute l’ampleur de sa misère, lui demande : « Veux-tu être guéri? ». Question dont il connait très bien la réponse mais qui semble formulée précisément pour que le malade puisse exprimer quels sont, selon lui, les conditions de sa guérison.

Le malade répond donc que les conditions qu’il rencontre ne lui permettent pas de guérir. Il ne répond pas directement à la question que le Christ lui pose, ce qu’il aurait pu faire tout simplement en disant : Oui, je veux guérir. Il explique plutôt les raisons pour laquelle la guérison ne lui est pas accessible. Il se présente ainsi comme étant doublement victime, victime de sa maladie d’une part, et également victime du fait qu’il ne peut accéder à la guérison en raison de son handicap : « je n’ai personne pour me jeter dans la piscine dès que l’eau est agitée, et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi ».

Selon la compassion humaine, le bon Samaritain passant par là se serait sans doute arrangé pour accompagner le malade afin de l’aider à le jeter dans la piscine réparatrice au moment opportun.

La miséricorde divine incarnée en Jésus-Christ procède ici autrement. Elle ne guérit pas le mal en lui attribuant un remède, même si ce remède peut être d’origine divine et offert dans la compassion.

Elle guérit en rebranchant l’humanité malade et chutée à sa véritable raison d’être, en ramenant chaque être humain à son unique Source de Vie. Puisque c’est le verbe de Dieu qui est à l’origine véritable de toute existence, et non l’apparente cause à effet du monde. Dieu crée le monde par un seul et unique verbe en disant « sois! ». Dieu, Celui qui dit de Lui-même « Je suis celui qui suis » manifeste toute la plénitude de son Verbe Être en ordonnant : « Sois! ».

À l’origine de toute manifestation et par la suite de toute cause à effet, il y a la volonté de Dieu de donner la vie au travers de son ordre divin : « Sois! ». C’est un peu comme si Dieu nous disait à chacun d’entre-nous en particulier, Moi qui suis Celui qui suis, je te demande d’Être! Aucune cause à effet de ce monde ne peut passer avant cet ordre divin, celui-ci est antérieur à toute cause.

Pour revenir au dialogue entre le malade et Jésus, il se résume tout entier à une question et à deux réponses, l’une selon la perspective du monde et l’autre selon le regard de Dieu.

Au travers du Christ, Dieu demande au malade ce que celui-ci veut.

Le malade répond qu’il cherche à guérir mais qu’il ne le peut à cause du fait que l’état de sa maladie l’empêche d’avoir accès au remède, révélant ainsi son enchainement à la conditionnalité de la guérison, et à l’illusion de son apparente cause à effet.

Le Verbe incarné de Dieu répond à son tour en faisant disparaître toute condition et tout enchainement au moyen d’un seul mot : « Lève-toi ».

Dieu lui signifie  : Je suis Celui qui suis, Je suis ton véritable Père par lequel tu es à chaque seconde de ton existence. Relève-toi de la fausse vision qui t’enchaine au grabat, au lit de misère et de souffrance, ce mauvais lit de sangles qui t’attache à la perspective horizontale de la cause à effet visible dans le monde. Retrouve la verticalité dans laquelle je t’ai créé et qui te ramène à Moi, cette verticalité en laquelle tu te reconnais comme étant mon enfant bien aimé, et accède ainsi à l’origine de toute manifestation et action dans le monde : lève-toi et marche!

lève-toi et marche! C’est vrai Seigneur. J’étais indigne de te recevoir, enchainé à mon lit de misère et incapable de me jeter dans les eaux réparatrices de la piscine par moi-même, et voilà que d’un seul mot tu me guéris! Loué sois-tu!

Mais dis-moi Seigneur, …pourquoi me demandes-tu de prendre mon grabat? N’en ai-je pas fini avec ce témoin de mon infortune? Ne serait-ce pas une façon de vouloir me retourner par en arrière, de m’attacher à ce qui a été ma condition passée?

 » Lève-toi, prends ton grabat et marche. »

Lève-toi, – c’est fait Seigneur, je suis relevé par ta Grâce.

Marche, – oui Seigneur, je le veux bien, ne fût-ce que te rendre gloire. Mais…

Prends ton grabat, – pourquoi Seigneur?

Pourquoi? Parce que Dieu sauve. Dieu sauve, non pas en nous retranchant de notre condition chutée, mais en nous retournant à l’intérieur même de cette condition de pécheur.

Jésus ne s’est pas retranché de la mort en se dématérialisant et en retournant dans le sein du Père avant d’être crucifié. Le fils de Dieu à vaincu la mort en la convertissant en Vie à l’intérieur même de l’emprise mortelle de celle-ci. Il a fait de la croix, instrument d’enchainement et de mort dans le monde, un instrument de libération et de Vie pour l’éternité.

La croix fait partie du chemin qui mène à la libération, comme le grabat fait partie du chemin qui mène à la guérison.

La première question de Jésus prend dès lors tout son sens :

« Veux-tu être guéri? »

Le Christ répond lui-même à la question qu’il vient de poser :

 » Lève-toi, prends ton grabat et marche. »

Autrement dit, si tu veux réellement guérir, cesse d’attendre que les circonstances soient favorables, cesse d’attendre l’intervention qui soustraira de toi ta condition de malade et pécheur. Relève toi, porte ton grabat comme je porte ma croix, et marche, va de l’avant dans la foi!

Seigneur, viens avant que mon enfant ne meure!

(Lire l’extrait Va, ton enfant est plein de vie auquel ce commentaire réfère)   

En lisant ce nouveau passage de l’Évangile, c’est la parole qui m’interpelle le plus directement.

L’enfant sur terre, c’est la promesse, c’est le surgeon par lequel la vie se perpétue.

Aucune vie en ce monde sans l’enfant. Notre propre vie et force d’adulte ont fleuri aux racines de notre enfance. Or l’enfant est en danger :

Seigneur, viens avant que l’Enfant ne meure!

L’agneau de Dieu, l’Enfant de Vie né du Père en la Vierge, cet enfant est à chaque minute en danger d’être à nouveau nié, méprisé, persécuté et crucifié, à la fois à l’intérieur de nous et autour de nous.

Seigneur Dieu, viens avant que ton Enfant ne meure en moi!

Seigneur Dieu, viens avant que ton Enfant ne meure en moi, parce que je l’ai mis à l’écart, parce que je ne l’ai pas nourri, ni protégé, et encore moins aimé, parce que je l’ai tout simplement oublié, soumis aux bêtes féroces ou enterré vivant. Celui que tu m’as offert, cet Enfant en qui tu t’es toi-même entièrement donné dans la vulnérabilité, je ne l’ai pas reconnu, je ne l’ai pas accueilli.

En niant le droit à la vie à l’Enfant en moi, je le nie aussi à tous les enfants, car ceux-ci me dérangent dans mes propres aspirations, projets et plans.

L’officier du Roi qui vient requérir l’aide de Jésus est au service du puissant sur terre, et jouit tout probablement d’une certaine abondance et protection. L’enfant de l’officier n’est pas orphelin, il ne fait pas partie des plus démunis, il a à manger, à boire, et dort sous un toit.

Et pourtant le fils du fort est à la mort :

« Seigneur, viens avant que mon enfant ne meure! »

Ce à quoi Jésus nous répond :

« Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croyez point. »

C’est comme si le Christ nous donnait la clé en en signifiant : si vous ne voyez des preuves extérieures, preuves visibles même en ce monde soumis à la mort, vous ne croyez pas à la vie sans limites, à la vie éternelle, parce que votre esprit lui-même est enchainé à ce monde dominé par le désir, la peur et la mort. Étant dominés par l’esprit du monde mortel, vous assistez impuissant à la fatalité de la mort.

Cela, il l’a dit pour nous tous, afin que nous l’entendions. L’officier du Roi était déjà dans l’espérance de vie, il avait déjà placé sa foi en Jésus, comme en témoigne la parole : « il alla vers lui, et le pria de descendre, pour guérir son fils qui était à la mort. »

Ce que l’on pourrait traduire par Il se tourna et s’éleva vers le fils bien aimé de Dieu, et le pria de « descendre » dans l’enfer du monde dominé par la mort, afin de le guérir, de libérer son fils, lui-même et toute sa famille du péché et de la non-communion avec Dieu.

Cette guérison se signe à l’instant même par la parole : « Va, ton enfant est plein de vie », parole qui, comme toutes les autres paroles de notre Sauveur, s’adressent à nous tous, et plus personnellement à chacun d’entre-nous!

J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas

 (Lire l’extrait Je le suis, moi qui vous parle auquel ce commentaire réfère)   

Dans le prolongement de la réflexion amorcée la semaine dernière, je continue à m’émerveiller de la façon dont Jésus parle aux personnes qui l’accompagnent et l’entourent.

Ce n’est pas un langage savant, un langage de spécialiste ou d’érudit, ni même d’enseignant. Aucun terme sophistiqué, aucun mot hermétique, aucune phrase complexe. Toute son expression est ramenée à l’essentiel et s’ancre dans les images les plus simples de la vie quotidienne.

Les disciples de Jésus le reconnaissent comme un maître, au même titre qu’un docteur de la loi ou un scribe. Pourtant, même s’il a l’autorité d’un maître, Jésus ne se comporte pas en maître, mais plutôt en enfant de son Père. Il parle de ce que ses disciples ne connaissent pas, non pas en des termes inconnus ou ésotériques, mais plutôt avec les mots du plus simple.

Et tout naturellement, lorsque ses disciples l’invitent à s’occuper des nécessités de ce monde terrestre, il leur répond : « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. »

Les disciples interprètent cette réponse en fonction de leur logique et raisonnement terrestre et s’interrogent : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger? » Alors que le Christ, lui, parlait de l’autre monde : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. »

En Jésus, la vérité du royaume des cieux se superpose sans cesse aux réalités du monde terrestre. Sans nier la dimension du monde, l‘image terrestre en est en quelque sorte transfigurée, pour véhiculer un sens beaucoup plus large que son sens usuel.

En utilisant l’image de la nourriture quotidienne dont chacun a besoin pour pouvoir survivre, Jésus nous parle de l’autre nourriture quotidienne, celle qui libère des servitudes terrestres et qui étanche à la source toute faim et toute soif, celle encore plus essentielle qui consiste à accomplir la volonté de Celui qui nous a créés en travaillant à son œuvre.

Et il enchaine tout de suite avec une autre image de notre monde, en invitant ses disciples à moissonner ce qu’ils n’ont pas semé, les forçant encore une fois à ouvrir leurs oreilles très grandes pour entendre ce dont il veut vraiment parler.

Il ne leur dit pas : Voici que le peuple choisi par Dieu, cette part humanité chutée que mon Père à labourée, ensemencée et arrosée au moyen de sa Parole, voici que ce peuple commence à livrer son grain, et qu’il est prêt à être récolté, même ici en Samarie. À témoin cette femme au bord du puits qui a reconnu les paroles de vérité, qui a entendu ce que le pécheur ne  veut pas entendre, et qui ne tardera pas à ramener les siens, lesquels reconnaîtront également la voix du berger.

Il leur dit tout simplement :

« Je vous ai envoyés moissonner ce que vous n’avez pas travaillé; d’autres ont travaillé et vous, vous êtes entrés dans leur travail. »

Que celui qui a des oreilles pour entendre entende!

Le pont entre deux dimensions

(Lire l’extrait L’adorer en esprit et en vérité auquel ce commentaire réfère)   

Ce qui continue à me frapper dans ce nouvel extrait de la Samaritaine, c’est la manière dont la parole de Dieu s’ancre dans la réalité de ce monde tout en présentant une nouvelle dimension, dimension qui reste invisible et difficile à saisir pour les yeux du monde.

Tout en étant une et non divisée, la parole de Dieu fait le pont entre deux dimensions, l’une n’étant en quelque sorte que le reflet, en prolongement de l’autre.

C’est un peu comme quand je suis devant un miroir. Je ne parviens pas à me voir sans ce support qui me renvoie le reflet de mon visage. Cependant, le visage que je vois dans le miroir, n’est pas le véritable visage, et je regarde d’une certaine façon dans la « mauvaise direction », puisque le véritable visage n’est pas en avant de moi, mais plutôt dans la direction opposée, vers moi.

Ce jeu de révélation et de « cache-cache » semble omniprésent dans la Parole qui vient de Dieu.

Si les témoins terrestres, les Apôtres, rapportent les faits tels qu’ils ont été vécus dans leur vérité historique, Jésus-Christ parle plus souvent en symboles et paraboles, décrivant une vérité hors temps et espace, à partir de réalités du quotidien.

Quand la Samaritaine lui dit: « Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici », elle réfère sans doute avant tout à la nécessité terrestre devant laquelle elle se trouve quotidiennement de venir puiser de l’eau au puits, sous peine de mourir de soif. Alors que le Christ, en témoin de la vérité originelle du Père, quand il dit : « celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif », évoque le fait que la soif terrestre n’est d’une certaine façon que le reflet de la soif de la présence divine, et que celui qui boira à cette source divine se verra effectivement libéré de toute soif.

Sur un plan tout à fait terre à terre, si nous prenons ces paroles à la lettre, nous pourrions presque dire que Jésus ne dit pas tout à fait la « vérité » lorsqu’il invite la Samaritaine à revenir avec son mari pour boire de l’eau qui libère de la soif. Si la Samaritaine et son mari s’imaginent qu’ils n’auront plus jamais besoin, à partir de ce jour, de revenir au puits terrestre, ils risquent d’être déçus.

Et pourtant, et c’est ce que la Samaritaine pressent, celui qu’elle reconnait comme étant un prophète dit la vérité, et ultimement la seule vérité, la vérité terrestre n’étant en quelque sorte que le reflet fragmenté et incomplet, et par conséquent trompeur, de la vérité de Dieu.

Dans le même échange de paroles, Jésus donne déjà les clés de la nouvelle façon de voir à laquelle il ne cesse d’inviter. Quand il dit : « Femme, croyez-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem, que vous adorerez le Père », il lui signifie très concrètement qu’aucun des supports terrestres à la présence de Dieu, qu’aucun de ces reflets extérieurs n’est en lui-même véritablement adéquat pour étancher la soif de Sa Présence.

Jésus renvoie dès lors au véritable temple d’adoration, l’intériorité humaine, qui seule peut véritablement recevoir Dieu en elle, en Esprit et en Vérité. Intériorité humaine retrouvée par le oui de la Vierge Marie et pleinement manifestée au travers de l’église, épouse du Christ.

Réciprocité de don

(Lire l’extrait Donnez-moi à boire auquel ce commentaire réfère)

Ce passage de l’évangile de St-Jean me touche particulièrement. Peut-être parce qu’il s’agit d’une rencontre personnelle, préfigurant la rencontre privilégiée avec Jésus-Christ à laquelle nous sommes tous appelés, chacun d’entre-nous.

Ce qui rejoint plus directement mon cœur, c’est une forme de réciprocité de don que cette rencontre avec la Samaritaine annonce.

Jésus, Celui qui, avec Dieu et en Dieu, a le pouvoir d’étancher la soif pour l’éternité, vient tout simplement signifier à une étrangère venue puiser l’eau au puits que lui-même a soif : « Donne-moi à boire! »

Celui qui, en le mystère de la Sainte Trinité ne peut être séparé de Dieu, Celui qui ne fait qu’un avec Dieu, Celui qui préside à la source jaillissante d’Eau Vive, celui-là même dit : « Donne-moi à boire! »

Comment nous, infimes poussières, pourrions-nous prétendre étancher la soif de Dieu incarné, puisque tout ce qu’il nous serait possible de lui remettre de nos propres mains lui appartient déjà de toute éternité?

Et pourtant Dieu nous signifie qu’il a soif. Non seulement par l’entremise du plus petit et démuni qui manque de l’essentiel et en qui le Christ se reconnait, mais aussi directement : il a soif de notre amour.

Lui qui est la seule et exclusive source d’amour, nous ayant d’une certaine façon gratifié de tout l’amour que nous croyons offrir par nous-mêmes, Lui qui nous laisse totalement libre de prendre un peu de cet amour qu’il a généreusement enfoui dans nos cœurs pour le retourner vers Lui.

Nous seuls avons la possibilité de nous reconnaitre héritiers de son abondance d’amour.

Nous seuls, aussi pécheurs et inconscients puissions-nous être, avons la possibilité de puiser l’eau enfouie dans le puits de nos propres profondeurs, cette eau qui n’a pas encore vu le jour et qui pas encore été sanctifiée, pour l’offrir à notre Seigneur.

Dieu a soif de nos âmes, il a soif de l’âme du converti, et aussi des âmes des pécheurs, comme Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus en a eu l’étonnante révélation. Le « Donne-moi à boire » demandé à la Samaritaine sur le bord du puits préfigurant alors le cri « J’ai  soif » de Jésus sur la croix, le « J’ai soif « de Dieu devant tant d’indifférence et de mépris d’une humanité à laquelle lui-même s’est entièrement offert à répétition et de toutes les façons.

Décroissance personnelle et démesure de l’Esprit

(Lire l’extrait Il faut qu’il croisse et que je diminue auquel ce commentaire réfère)   

« Il faut qu’il croisse et que je diminue. » Une seule phrase qui dit tout. Cette phrase pourrait devenir ma seule règle de vie.

Le « Je » est appelé à perdre de son importance, l’ego demande à décroitre pour laisser toute la place au Saint-Esprit, le moi se retrouve dans l’obligation de diminuer de jour en jour pour que l’Amour de Jésus-Christ et la Volonté de Dieu puisse croitre en mon cœur.

Tout à l’inverse de la « croissance personnelle » actuelle qui cherche à libérer le moi de ce qui l’oppresse, sans que ce moi soit donné à autre chose que lui-même.

Le chemin du chrétien est un chemin de « décroissance personnelle », ce qui ne se fait pas sans résistance du « Je », sauf quand celui-ci a déjà renoncé à lui-même et qu’il s’est déjà converti, comme dans le cas de Jean-Baptiste. Alors l’âme attend patiemment d’être entièrement offerte à Dieu, comme l’Épouse attend dans la joie d’être offerte à son Époux et comblée de Son Amour.

Un autre extrait qui me parle : « Car celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, parce que Dieu ne lui donne pas l’Esprit avec mesure ».

« …parce que Dieu ne lui donne pas l’Esprit avec mesure », …ce que j’entends, dans le sous-entendu de cette phrase, c’est que Dieu donne l’Esprit avec démesure à celui qu’Il envoie. Cette démesure étant en quelque sorte à la démesure de Dieu lui-même, celui-ci dépassant toute mesure, étant par nature incommensurable. Dès lors cette démesure n’est évidemment pas une démesure au regard de Dieu, mais une démesure au regard du monde, ce dernier étant par nécessité mesuré dans le temps et l’espace.

Dieu donne l’Esprit à tout être humain, sans quoi la conscience d’être ne pourrait même pas se manifester, mais il le donne avec mesure, en quelque sorte à la mesure de la petitesse de l’âme humaine lorsque l’homme se préoccupe avant tout de lui-même.

Que l’être humain se donne avec « démesure » à Dieu, sans évaluer ni compter, et Dieu pourra déposer en son cœur libéré de toute mesure ses propres largesses à la mesure de sa « divine Démesure ».

Tu es le docteur d’Israël, et tu ignores ces choses

(Lire l’extrait Tu ne sais d’où il vient, ni où il va auquel ce commentaire réfère)   

Ce qui me frappe, en lisant cet extrait après avoir lu les six premiers, c’est que chaque passage est complet en soi, qu’il pourrait presque se suffire à lui-même. En ce sens que si pour une raison ou une autre nous n’avions accès qu’à cet extrait, nous pourrions déjà nous mettre en marche vers notre Sauveur. Sa Présence est complète dans chaque partie de l’Évangile, comme elle est entière et non fragmentée en chaque fidèle qui accueille sa Parole.

Il y aurait tant à dire sur ce passage, manifestement révélé à l’intention de tous les « Nicodèmes » du monde. Car la Parole du Sauveur est à ce point unique et traversant toutes frontières que chaque fois qu’il parle en privé, de personne à personne, nous sommes immédiatement tous concernés.

Jésus nous signifie pour qui il prend la parole au moyen d’une seule petite phrase :

« Tu es le docteur d’Israël, et tu ignores ces choses! »

C’est un peu comme si Jésus disait : Aux yeux du monde, tu es le connaissant, le spécialiste, celui qui a accumulé le savoir, et tu ignores le plus simple, ce qui est à l’origine même de tout ce que tu crois savoir! En répondant en personne à Nicodème, le Christ s’adresse en nous à chaque individu qui prétend à la connaissance de Dieu et de ses chemins.

Tout l’entretien Entre Jésus et Nicodème pourrait se résumer à deux phrases-pivot :

Il vint de nuit trouver Jésus, et lui dit: « Maître, nous savons que vous êtes venu de la part de Dieu, comme docteur, car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n’est pas avec lui. »

Jésus lui répondit: « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. »

En tout premier, Nicodème révèle en deux mots ce que Jésus représente à ses propres yeux : un Maître et un grand docteur. Pour Nicodème, le maître est manifestement celui qui par sa grande connaissance s’est acquis une forme de rapprochement de Dieu, et également une considération de ses prochains, un respect et prestige parmi les hommes. Le docteur, par l’accumulation de savoir et d’expérience, est en mesure d’instruire et de guider ses prochains. Nicodème voit dans Jésus-Christ ce que lui-même est, et ce à quoi il continue à aspirer : « Un des principaux », Maître et Docteur, parmi les juifs.

Nicodème, même s’il est sans doute ébranlé par les paroles du Christ à l’égard des pharisiens, scribes et docteurs de la loi, ne peut faire autrement que de reconnaître en Jésus un envoyé de Dieu, un être humain qui accomplit des miracles grâce à sa proximité unique avec le Tout-Puissant : « car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n’est pas avec lui. »

Jésus ne prend pas la peine de répondre à cette affirmation, il répond plutôt indirectement à la vision qu’a Nicodème du « Maître ». En une seule phrase, il lui signifie avec insistance « En vérité, en vérité, je te le dis » que personne ne peut connaître le royaume de Dieu s’il ne naît pas de nouveau. En d’autres mots, Jésus révèle au Docteur confirmé que si celui-ci n’accepte pas de repartir du début, comme un tout petit enfant, vierge de toute doctrine, et donc dépossédé de tout savoir et de toute connaissance, il ne pourra réellement se rapprocher de Dieu.

D’une certaine façon, on pourrait dire que Jésus confie à Nicodème : Je ne suis pas ce que tu crois, je ne suis pas un maître qui s’est élevé par lui-même, c’est au travers de ma naissance en Dieu et par Dieu, c’est par ma condition de petit enfant obéissant à la volonté de Mon Père que j’accomplis ces miracles.

Et il précise par la suite : « Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va: ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. »

Parole désarmante, s’il en est, pour un docteur de la loi et du dogme. L’Esprit ne peut être limité à la lettre, et la personne née de l’Esprit est imprévisible comme le vent, obéissant à la volonté de Dieu  aussi fidèlement que les ailes de l’oiseau s’ajustent aux mouvements de l’air.

Nicodème fait un premier geste vers l’inconnu et l’imprévisible, vers la soumission à la volonté de Dieu, en venant vers Jésus dans l’obscurité de la nuit, acceptant de porter le voile du non-savoir.

Détruisez ce temple
et je le relèverai en trois jours

(Lire l’extrait Je le relèverai en trois jours auquel ce commentaire réfère)   

Quelle extraordinaire parole!

Quelle invitation à entendre et à approfondir!

Sur le plan du monde, pour la pensée humaine, logique et rationnelle, cette phrase est complètement irrecevable. Ce que les juifs de l’époque ne manquent pas de lui faire remarquer en lui rétorquant :  » C’est en quarante-six ans que ce temple a été bâti, et vous, en trois jours vous le relèverez! »

En effet, aucun être humain ne peut reconstruire en quelques jours un temple de pierre qui a été construit par toute une collectivité durant plus d’une quarantaine d’années. D’ailleurs Jésus n’a a aucun moment essayé d’étayer ses propos en reconstruisant quelques bâtiments ou autres œuvres humaines par la force de l’Esprit Saint.

Alors pourquoi s’est-il permis de dire, à propos de ce temple construit de peine et de labeur à mains d’homme, qu’il pourrait le relever de son effondrement en quelques jours?

Si Jésus était avant tout un fin communicateur, cherchant à sensibiliser progressivement le peuple à une autre dimension,  il n’aurait en aucun cas tenu de tels propos. En agissant ainsi, il ne pouvait faire autrement que susciter la colère de ses contemporains qui s’interrogent entre eux :

Qui est cet homme bouffi de prétention? Est-il dominé par la folie ou possédé par un démon pour perpétrer un tel scandale  à l’intérieur de notre temple?

Car, nous le reconnaissons intuitivement, nous sommes tous concernés, il s’agit bien de notre temple intérieur, celui qui plus souvent qu’autrement est envahi par nos propres pensées mercantiles et nos propres idéaux.

Jésus semble nous inviter constamment à dépasser les limites de notre écoute formée à la raison du monde, pour s’ouvrir à l’entendement de la vérité de Dieu. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende!

Qu’est-ce que l’on peut entendre dans cette parole que l’on n’entend pas à priori?

Nous pouvons assurément pressentir que Jésus ne parle pas comme un simple être humain témoignant de sa réalité individuelle dans un monde extérieur. Il parle selon une autre perspective, beaucoup plus essentielle et profonde, à laquelle nous sommes toutes et tous appelés. Tout en se manifestant au cœur de notre monde, il parle selon le point de vue de Dieu, s’exprimant selon une seule parole et vérité provenant de l’unique Source de toute vie.

Selon la perspective de Dieu, notre Créateur, il n’existe qu’un seul temple par lequel Il puisse être contemplé, c’est celui de l’intériorité humaine. Ce temple est à l’intérieur du corps de l’homme et ne fait qu’un avec son corps. Ce n’est qu’à l’intérieur du corps, du cœur et de l’âme humaine que Dieu peut être perçu, entendu, reconnu et aimé, et c’est en cela que l’homme est unique parmi toutes les créatures terrestres. Nous avons été façonnés à Son Image, à la ressemblance de Dieu, précisément dans le fait que nous sommes appelés à accueillir intérieurement ce que Lui contient de toute éternité : la Lumière, l’Amour et la Vie sans limites ni conditions, à l’origine de toute manifestation terrestre.

En ce sens, tout temple construit de main d’homme ne peut être que le reflet extérieur du véritable temple intérieur que l’être humain est appelé à reconnaître en lui-même.

Voyant Jésus chasser les marchands du temple, les Juifs lui demandent : « Quel signe nous montrez-vous pour agir de la sorte? »

Par cette seule parole « Détruisez ce temple et je le relèverai en trois jours », Jésus leur offre le signe demandé, se signant dans sa triple dimension de Dieu le Père, de fils et de Saint-Esprit réunis en un seul Verbe.

En effet, Jésus ne peut dire cette parole uniquement en tant que de fils de Dieu. Jésus n’a jamais prétendu agir par lui-même et à plus forte raison se délivrer tout seul de sa propre mort. Seul Dieu le Père et Créateur peut véritablement dire Détruisez ce temple (qui est mien et que j’ai créé) et je le relèverai en trois jours.

Également, seul Dieu le Père peut ne pas faire de différence entre le temple, construit à son inspiration par les hommes pour le « contenir » et l’honorer, et le véritable temple façonné par Dieu en personne, le corps de l’être humain. Ce temple intérieur étant tout spécialement destiné à accueillir la communion amoureuse entre l’homme et Lui-même.

Pourquoi Dieu ne fait-il pas de distinction entre le temple de pierre et le temple de chair? Parce que dans les deux cas Il en est le seul véritable et eternel Seigneur, « ultime Propriétaire et Résidant », et que pour Lui il n’y a pas de différence, le temple bâti dans le monde étant en quelque sorte  le prolongement extérieur, la façade visible du temple intérieur qui lui se situe dans l’intériorité de l’homme.

Dieu seul pouvait prétendre relever le véritable temple par lequel Il peut être entendu en vérité : le corps de son fils, une fois que ce corps-temple vivant aura été « détruit » par les bâtisseurs du temple de pierre.

Chaque mot est juste. Jésus dit aux bâtisseurs du temple : « Détruisez ce temple » car ce sont effectivement eux qui vont le détruire (le mettre à mort). Il ne fait aucune différence entre le temple de son propre corps et le temple de Jérusalem car l’un et l’autre sont effectivement la maison du Père, laquelle demande à être libérée de tout ce qui l’encombre pour pouvoir être entièrement consacrée à Dieu. Quand Jésus chasse les marchands du temple, cette action visible dans le temps et dans l’espace est la même qu’il réalise de tout en tous lieux et à toutes les époques lorsque nous l’invitons dans notre propre espace intérieur, en appel à devenir un temple consacré, une chambre nuptiale vierge de toute interférence.

Quand Jésus dit « je le relèverai en trois jours », c’est inspiré par le Saint-Esprit, à titre de Christ, de Messie, d’envoyé bien-aimé de Dieu, qu’il peut se permettre de dire « Je », parlant au nom de Dieu le Père, celui-ci étant le seul en mesure de relever Jésus de sa mort. Par cette seule parole, Jésus signifie que Dieu le Père, le fils et le Saint-Esprit ne font qu’un seul.

Folie scandaleuse pour les bâtisseurs, miracle d’amour pour l’oreille qui sait entendre!

Faites tout ce qu’il vous dira

(Lire l’extrait Faites tout ce qu’il vous dira auquel ce commentaire réfère)  

« Faites tout ce qu’il vous dira. »

Cette parole, qui citée dans son contexte m’était auparavant presque anodine, m’est devenue centrale et incontournable.

Ce qui m’émerveille de plus en plus, c’est la douceur et la liberté de choix avec laquelle l’invitation de Dieu nous est offerte.

Dieu tout puissant, duquel rien ne peut se soustraire, et lequel n’aurait même pas besoin d’un seul claquement de doigt pour que toute création sur terre s’agenouille, ce Dieu se fait à ce point discret qu’il se déguise en un fait divers presque périphérique, à tel point qu’il nous faut plus que deux oreilles pour entendre ce qu’il nous chuchote!

Tout le début de l’évangile de St-Jean est marqué par le surgissement de Dieu dans l’humanité, par les circonstances de sa profonde et miraculeuse incarnation au cœur du monde. Et voici qu’au deuxième chapitre, sans même avoir évoqué la naissance et l’enfance du Christ, nous tombons dans un fait anecdotique de la vie de Jésus et Marie. Ils sont tout deux invités à des noces et les hôtes en viennent à manquer de vin. Quel rapport avec l’histoire sacrée du Verbe qui se fait chair?

Dieu n’est-il pas venu pour infiniment plus grand que pour pourvoir au manque de vin d’une fête on ne peut plus humaine?

C’est là que nous sommes appelés à retrouver les oreilles du cœur pour mieux entendre.

Qu’est-ce qui peut être si important dans ces « noces de Cana » pour que Marie, la silencieuse, se décide à prendre elle-même la parole.

Si à cette occasion, Marie, qui dit-on accueillait et gardait en elle toutes les paroles qui lui avaient été dites, prend exceptionnellement la parole, c’est pour nous inviter à nous mêmes à accueillir et garder en notre cœur la parole de Dieu, en consacrant en quelque sorte la parole de son propre fils. Et à titre de « Mère de Dieu », elle ne se contente pas de rappeler l’invitation de Dieu à écouter sa Parole, elle précise : « Faites tout ce qu’il vous dira », c’est-à-dire accomplissez tout ce qu’il vous dit, soyez vous-mêmes témoins dans vos vies du verbe fait chair.

Obéissez à tout ce qu’il dit, et les noces de manqueront point de vin, actualisez sa Parole et l’eau corruptible, celle qu’il faut sans cesse renouveler afin qu’elle conserve sa pureté, se changera en vin durable, bonifiant avec le temps.

Qu’est-ce que j’entends? J’entends que tout le monde est invité aux noces, tout le monde est invité au banquet des épousailles divines, mais que sans l’Amour-sang du Christ, sans le souffle de l’Esprit-Saint, sans le « spiritueux » du Père, le vin viendra à manquer et que les noces risquent d’être elles-mêmes manquées.

La parole du Maître du festin prend dès lors tout son sens : « Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a bu abondamment, le moins bon ; mais toi, tu as gardé le bon jusqu’à ce moment. »

Venez et vous verrez

(Lire l’extrait Venez et vous verrez auquel ce commentaire réfère)  

Ce qui me touche en particulier dans cet extrait, c’est le « Venez et vous verrez ».

Lorsque les deux disciples de Jean-Baptiste demandent « Où demeurez-vous » à celui dont ils viennent d’apprendre qu’il est l’agneau de Dieu, Jésus répond : « Venez et vous verrez ».

Jésus ne répond pas qu’il demeure dans tel lieu ou tel village, l’agneau de Dieu ne répond pas qu’il a les cieux pour demeure, il répond : « Venez et vous verrez ». Le Christ signifie ainsi que pour voir et entrer en sa demeure, il nous faut d’abord venir à lui.

Sans actualiser le geste d’aller vers lui, il nous est impossible de voir d’où il vient, comme il est impossible de découvrir l’intérieur d’une maison sans y entrer.

Essayer de voir et d’évaluer le chemin que Jésus nous indique, sans s’y engager, serait aussi vain que de vouloir se faire une idée de Rome tout en visitant New-York.

Ensuite, ayant rencontré Philippe en Galilée, Jésus résume encore de façon plus concise son invitation : « Suis-moi », invitation qui demeure et demeurera toujours l’une des premières invitations du Christ. Philippe, ayant suivi Jésus, relaye par la suite la même invitation à Nathanaël qui se questionne sur le lieu d’origine du Christ, en lui répondant : « Viens et vois. »

Après s’être reconnu pêcheur et avoir été lavé dans les eaux du baptême, la personne qui aspire à connaitre le Christ est d’abord appelée à suivre Jésus. le suivant il verra effectivement « le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l’homme. »

 En six simples phrases

(Lire l’extrait Voici l’agneau de Dieu auquel le texte réfère)  

Je reconnais encore une fois ici le caractère unique de la Parole des Évangiles, en ce sens que chaque phrase raconte et signifie en même temps un fait historique qui s’est déroulé dans le temps et l’espace, ainsi qu’une vérité universelle qui demeure pleinement effective peu importe le lieu et l’époque.

En six simples phrases, Jean le Baptiste témoigne du fait que Jésus Christ est bel et bien le Messie attendu, l’agneau de Dieu, le fils de Dieu. Il n’en faut pas plus. Et tout homme « intelligent », non au sens de la raison du monde mais bien de l’intelligence du cœur, n’en demandera pas plus pour accorder sa foi à cette Parole.

Jean-Baptiste est le témoin annoncé de la venue du Christ, de la même manière que le plus humble et clair de notre conscience annonce et prépare la venue de Jésus-Christ en chacun d’entre-nous.

En disant « Voici l’agneau de Dieu », Jean-Baptiste dit voici le plus tendre, le plus innocent et le plus donné de Dieu, voici en quoi le Tout-Puissant se sacrifie lui-même, livrant son cœur et sa propre vulnérabilité aux êtres humains qu’il a créé. Ce faisant, il révèle le chemin qui enlève le péché du monde, la voie qui guérit de la coupure d’avec Dieu et de la vie centrée sur nos propres intérêts, asservie par l’empire des peurs et désirs.

En ces quelques mots, il renverse des siècles d’imposture durant lesquels les être humains ont essayé d’imiter Dieu selon l’idée qu’il s’en faisait. Les êtres humains ne peuvent s’empêcher d’adorer sur terre le puissant, le fort, l’invulnérable, l’inaccessible, l’influent, le brillant, le riche, le renommé, le bien établi. Sans doute parce que Dieu est d’une certaine façon tout cela dans le royaume des Cieux. Les hommes ont naturellement tendance à idolâtrer le reflet des qualités divines manifestées sur terre.

Et dans le jeu de la révélation des anciens testaments, ce n’est sans doute pas pour rien que les hébreux subissent la domination et l’asservissement à un puissant dont ils voudraient se libérer, Pharaon dans un premier temps, et César par la suite, signifiant par là que le puissant sur terre n’est que trop rarement le protecteur des plus petits. Ce qui n’empêchait pas les hébreux d’attendre du Messie un puissant dans le monde, un libérateur, un protecteur, un roi. Ce qu’il a manifesté été, mais pas de la façon dont le peuple se l’imaginait.

Le Christ à vaincu le monde et la mort en s’offrant, et non en s’imposant et en les dominant. Renversement : le Tout-Puissant n’apparaît plus comme celui qui est en mesure d’anéantir un peuple d’un seul claquement de doigt, mais bien comme celui qui ramène par amour les brebis égarées, fils prodigues et âmes emprisonnées en allant jusqu’à sacrifier le plus tendre de lui-même. Le péché est vaincu par le sacrifice et l’amour, et non par la force.

À deux reprises, Jean-Baptiste dit : « Et moi je ne le connaissais pas »

L’être humain, même dans le renoncement à lui-même, l’humilité complète et l’abnégation la plus parfaite, ne connaît pas encore l’agneau de Dieu, l’infinie tendresse de Dieu.

Chez les hébreux, Jean-Baptiste représente à la perfection l’aboutissement de la loi, la fleur de l’humanité obtenu après des siècles de pétrissement de la pâte humaine entre les deux mains de Dieu, celle de la rigueur et des commandements, et celle du pardon et de la miséricorde. Et pourtant cet homme libéré de l’emprise des peurs et désirs ne connaît pas encore fils de Dieu. Il a en quelque sorte retrouvé sa pureté de nouveau-né, lavé par les eaux du baptême. Il est mort à son ancienne vie de pêcheur, mais il n’a pas encore été libéré de la mort, en renaissant de l’Esprit-Saint.

En Jean-Baptiste, l’homme ancien s’efface progressivement pour faire toute la place à l’homme nouveau.

En ce sens l’homme nouveau, en la personne de Jésus-Christ, vient « après », à la suite de l’aboutissement de l’homme ancien représenté par Jean-Baptiste. Et pourtant, cette condition d’homme nouveau était déjà, avant la chute de l’humanité. Ce qui vient après dans le monde chuté était en fait déjà avant, lorsque que l’être humain ne s’était pas encore coupé de Dieu.

Quand Jean-Baptiste dit : « un homme vient après moi, qui est passé devant moi, parce qu’il était avant moi. », il dit vrai. Il signifie une vérité applicable à tous les plans, à un niveau historique, dans la dimension spirituelle, et en ce qui concerne le devenir de l’humanité.

Qui êtes-vous ?

Lire l’extrait d’Évangile selon St-Jean « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert » auquel le texte suivant réfère.

« Qui êtes-vous ? » C’est cette question, venant des prêtres et des lévites venus de Jérusalem, qui me questionne.

Comment se fait-il que ce soit les prêtres, les hommes de connaissance, les hommes chargés de transmettre la parole de Dieu, les hommes qui indiquent les balises du chemin, les bâtisseurs du temple, qui posent cette question à Jean-Baptiste.

Ne leur revenait-il pas, justement à eux, les guides du peuple, de reconnaître en Jean le Baptiste un serviteur sincère de Dieu, à l’égal de tous les prophètes qui ont annoncé sa Vérité et dont ils transmettent la Parole?

Pourquoi les docteurs de loi, scribes et prêtres ne sont-ils pas d’abord venus écouter ce que Jean-Baptiste avait à dire? Les habitants de Ninive n’avaient-ils pas écouté et accueilli le message de Jonas le jour même où il est entré dans la ville, un parfait inconnu à leurs yeux, parce qu’ils avaient reconnu la parole de Dieu?

Jean-Baptiste prêchait jour après jour et beaucoup le suivaient. Pourquoi les prêtres n’ont-ils pas pris la peine de venir l’écouter avant de le questionner? Pourquoi viennent-ils demander à Jean le Baptiste ce qu’il dit de lui-même, plutôt que d’interroger Dieu ou les Saintes Écritures à son sujet?

Cela me donne l’impression que les prêtres de Jérusalem n’étaient pas attentifs au Dieu présent, au Dieu continuant à agir à chaque instant. Ils se reposent sur ce qu’ils connaissent des écritures et de l’histoire du peuple juif en demandant si Jean-Baptiste en et une des figures connues tel qu’Elie.

Puis les « représentants officiels « de Dieu viennent demander au serviteur de Dieu ce qu’il dit de lui-même. Et le serviteur de Dieu, Jean-Baptiste, répond en serviteur, non en se définissant selon son propre point de vue, mais bien en transmettant ce qu’il a appris de Dieu lui-même à son sujet : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ».

Et par la-même il vient révéler la vérité de l’humanité : la voix de Dieu n’est pas entendue, elle est pareille à la voix qui « crie dans le désert », c’est-à-dire qu’elle annonce l’appel à la véritable conversion mais que personne ne semble là pour l’entendre, que les hommes ont déserté l’espace de cet appel. C’est comme si l’amphithéâtre de la Parole de Dieu est devenu vide, désertique. Et puisque la Parole de Dieu est vérité sur tous les plans, non seulement Jean-Baptiste est la voix de celui qui crie dans le désert d’une humanité ayant déserté la fécondité de la Parole, mais il est également au sens littéral et physique la voix de celui qui crie dans le désert puisqu’il vivait seul et qu’il prêchait dans des contrées désertiques.

Jean-Baptiste répète bien, à la suite le prophète Isaïe, « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert », et non « je suis celui qui crie dans le désert », confirmant ainsi son rôle de serviteur, sa fonction de prête-voix, d’annonceur public au service de la Vérité qui cherche à se faire entendre.

Et lorsque les pharisiens l’interrogent en lui demandant de quel droit il baptise puisqu’il n’est pas un représentant reconnu et en quelque sorte « autorisé » de Dieu aux yeux des hommes, il répond : « Moi je baptise dans l’eau ; mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas,… »

Puis, il ajoute : « C’est celui qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. »

Pour moi, ces deux phrases disent tout, elles répondent à toutes les questions des prêtres et des lévites, à la fois aux questions qu’ils posent, et aussi aux questions qu’ils ne se posent pas.

Quand Jean-Baptiste dit « Moi je baptise dans l’eau », J’entends qu’il indique que son modeste rôle est d’inviter chacun à reconnaître sa condition de pêcheur (dans le sens de l’ignorance de la présence de Dieu et de l’Esprit). Pour moi, en s’immergeant complètement dans l’eau, tel que baptisait Jean-Baptiste, le baptisé vit l’expérience de la non-respiration, les eaux le séparant de la libre respiration. Il se reconnait dès lors comme non encore né à la Vérité de Dieu, en appel à cette nouvelle naissance.

Jean-Baptiste affirme implicitement qu’il ne baptise que dans l’eau, et sous-entend que celui qui imposera les mains pour libérer des eaux de l’inconscience et de la condition de pêcheur, celui qui baptisera de l’Esprit et du Souffle vivant en est un autre, qui « vient après lui ». Annonçant ainsi que, sur le chemin de la nouvelle vie. la première étape est d’abord de se reconnaître non vivant, non né à Dieu, pour en arriver ensuite, dans un deuxième temps, à appeler et recevoir le souffle vivant qui réunit et libère de l’enferment sur soi et nous fait renaître à la vérité.

Comme toutes les paroles d’inspiration divine, la phrase qui suit me semble à la fois vérité historique, en rapport avec ce qui était vécu à ce moment là, et à la fois vérité universelle s’appliquant à l’ensemble de l’humanité. « …au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas ». Si Jean-Baptiste n’avait répondu que sur le plan humain, il aurait dit à « côté de vous, pas si loin de vous, tout près de vous » ou tout autre formule qui aurait indiqué que le Christ était déjà présent, gravitant aux alentours de la communauté des prêtres et lévites à qui il s’adressait. Car en fait Jésus n’était pas à ce moment là physiquement au milieu d’eux. En disant «…au milieu de vous », il vient d’une part affirmer qu’au centre même du groupe de personnes qui ont pour fonction de transmettre la Parole de Dieu, le véritable prêtre n’est pas encore reconnu, même s’il est déjà`présent. Et d’autre part, Jean-Baptiste signifie également qu’au milieu d’eux-mêmes, qu’à l’intérieur de chacun d’entre eux, le fils de Dieu, le Christ vivant n’a pas été encore reconnu, ce qui me semble encore vrai aujourd’hui pour une grande part de l’humanité.

Jean-Baptiste fait à la fois acte d’humilité et de vérité en signifiant que sa personne ne représente que notre présente humanité qui, par le baptême, se reconnait non encore né, mais que vient après lui celui dont cette humanité n’est même pas digne de « délier la courroie de sa chaussure », celui qui par son sacrifice nous rétablit dans notre propre condition lumineuse de « fils de Dieu ».

Et le Verbe s’est fait chair…

Lire l’extrait d’Évangile selon St-Jean « Au commencement était le Verbe…» auquel le texte suivant réfère.

Et le Verbe s’est fait chair…

Cette toute petite phrase me semble être le pivot du retournement de l’ensemble de la création.

Le verbe s’est fait chair, …Dieu tout puissant s’est revêtu de l’extrême vulnérabilité de l’être humain, L’éternel a pris la condition de mortel, le tout glorieux s’est prêté à l’humiliation, l’infiniment libre s’est fait cloué sur la croix.

Le Père d’abondance a accepté de se retrouver dans un pays de famine, revêtu des haillons du plus démuni, pour tendre la main aux enfants qu’il avait perdus. Il a entendu leurs cris et leurs souffrances, et, loin de se contenter d’attendre qu’ils reviennent par eux-mêmes comme dans l’histoire du fils prodigue, il a aboli la distance qui le séparait de sa progéniture égarée en se faisant lui-même fils bien aimé en pays de mal amour.

Ce qui était séparé, ce qui éloignait la créature du créateur, Dieu l’a réuni, non pas en rappelant la créature en lui-même et en abolissant la forme distincte de cette dernière, mais plutôt en l’aimant d’un tel amour qu’il s’y est incarné.

Mystère des mystères, miracle des miracles, comment est-ce possible? Comment est-ce que l’incorruptible a-t-il pu conserver sa nature parfaite une fois enfoui au plus profond de la chair infiniment corruptible? Comment est-ce qu’un océan d’amour et de compassion a-t-il pu habiter le fragile coquillage d’une humanité divisée sans provoquer son éclatement.

Il aura fallu que cet infiniment grand accepte de plein gré de se faire le plus petit des petits, accueillant la privation, la médisance, le mépris, les faux jugements, les injures, les gifles, les crachats, le rejet et la mise à mort.

La source de toute vie accepte en ce monde chuté de donner sa vie et de mourir pour les siens.

Plutôt que de balayer du revers de la main une humanité ingrate et imbue d’elle-même, Dieu va jusqu’à subir l’affront de l’arrogance de celle-ci pour mieux lui tendre la main au cœur de sa dureté et de son enfermement.

En appel de conversion de l’être humain, afin que celui-ci se donne enfin à plus grand que sa propre finitude et retrouve sa véritable nature divine, Dieu se retourne lui-même dans son immensité et s’offre à infiniment plus petit que lui-même.

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